Mendelssohn et Haendel

Orchestre National de Lorraine –Concert de la Saint-Nicolas

Arsenal – 6 décembre 2015

 

Après les musiques relatives à la thématique du cirque, et toujours dans le cadre de ces concerts « grand-public » du dimanche présentés au moment des fêtes, le Maître Jacques Mercier et ses musiciens ont élaboré un programme d’inspiration strictement religieuse. En ce jour où Saint-Nicolas était fastueusement honoré à Metz, cela s’imposait. Pour la circonstance, l’Orchestre National de Lorraine s’était assuré le concours du Chœur Régional de Lorraine « Novo Genere » et de la Maîtrise de notre Cathédrale, placés respectivement sous les directions de Jaccky Locks et de Christophe Bergossi.

Oserons-nous d’abord exprimer une légère déception quant au programme initialement prévu ? Il avait été question de donner cette Cantate de Noël d’Honegger si rarement jouée et que les mélomanes messins auraient été heureux de (re)découvrir. Ceci étant, nous n’avons pas perdu au change avec la tout aussi rare Cinquième Symphonie dite Réformation de Félix Mendelssohn, composée en 1830 pour le troisième centenaire de la Confession d’Augsbourg, créée dans la dynamique de la Réforme initiée par Martin Luther. Cette symphonie comporte un matériel thématique citant des chorals luthériens que l’on retrouvera aussi bien dans l’ouverture des Huguenots de Meyerbeer que dans Parsifal. Pour la circonstance, Jacques Mercier a décidé de croiser les quatre mouvements de cette symphonie avec trois Cantates longtemps inédites, écrites par le compositeur vers 1827-29, au moment où il s’apprêtait à faire redécouvrir au monde musical la Passion selon Saint-Mathieu de Bach. Ces trois Cantates, en partie inspirées de l’art du Cantor de Leipzig ont pour titre : Christe du Lamm Gottes, Jesu meine Freude et Wir glauben all’ an einen Gott. Une alternance particulièrement réussie de fragments d’œuvres différentes. Rappelons-nous qu’en 2003, Jacques Mercier avait déjà pris le risque, au demeurant très positif, d’insérer Le Survivant de Varsovie de Schoenberg entre le Troisième mouvement de la Neuvième de Beethoven et l’Hymne à la Joie. Bravo pour cette ingénieuse initiative mais regrettons que le feuillet distribué au public ait été aussi peu explicite sur l’ordonnancement de ce montage.

En deuxième partie, trois courts extraits du Messie de Haendel furent interprétés dans un ordre inhabituel : les deux chœurs conclusifs Worthy in the lamn, et Amen, l’air pour soprano I Know my Redeermer liveth et, enfin, le fameux Alléluia, repris naturellement en bis. Le chef d’œuvre de Haendel est loin d’être inconnu des Messins. Sans remonter jusqu’à une exécution dirigée par Jacques Houtmann en 1988 à Notre-Dame, on se souviendra de la très belle réalisation dirigée, dans ce même Arsenal, l’an dernier, par Nathalie Stutzmann, à la tête de son ensemble Orfeo 55. Ici, Jacques Mercier a pris un chemin radicalement différent en utilisant la version réorchestrée par Mozart en 1789 et mieux adaptée au grand orchestre. Mozart avait été initié à l’œuvre de Haendel par son frère en Maçonnerie et bienfaiteur, le baron Van Swieten. En introduisant de nouvelles couleurs orchestrales, il proposait ainsi une vision plus ample de ce chef-d’œuvre, révélée au disque naguère par Sir Charles Mackerras. Tout cela nous valut, en ce dimanche de la Saint-Nicolas un flamboyant Alléluia qui n’était pas sans rappeler celui gravé autrefois par Sir Thomas Beecham mais sans les outrances instrumentales de ce dernier.

Un Alléluia réorchestré par Mozart et dirigé par Sir Charles Mackerras

Félicitons les chœurs, d’une remarquable homogénéité et qualité d’attaques, tant dans Mendelssohn que dans Haendel, et la soprano Mélanie Romer dans le fragment du Messie. Et remercions l’Orchestre et son chef pour ce programme si original et particulièrement adapté à un large public. Un vœu pour terminer : que l’ONL nous donne, un de ces jours, l’intégrale du Messie… dans la version de Mozart !

 

Jean-Pierre Pister, vice-président du Cercle Lyrique de Metz