Concert "Circus"

CIRCUS

Concert de l’ONL – L’Arsenal – 29 novembre 2015

Cirque

En prélude aux concerts de fin d’année, l’Orchestre National de Lorraine a conçu un programme centré sur le thème du cirque avec un assemblage d’œuvres d’un accès facile pour un public d’enfants accompagnés de leurs parents. Ce fut un pari largement  gagné avec une grande salle de l’Arsenal pleine comme un œuf. On aurait tort de mésestimer ces spectacles du cirque, à la musique si caractéristique et dont l’ensemble des qualités enchantent les spectateurs depuis des générations. Nous sommes nombreux à nous souvenir des noms de Pinder, Amar, Bouglione, Alexis Gruss, sans oublier le Radio Circus, animé dans les années 50 par l’inénarrable Zappy Max. Quant aux Américains, ils n’avaient rien à nous envier avec Barnum. Enfin, osera-t-on évoquer cet homme d’Etat, qui, naguère, selon un de ses biographes, essayait d’initier sa fille handicapée à la grandeur et aux plaisirs du cirque ?

Entrée des Gladiateurs

C’est donc un ONL chauffé à blanc qui ouvrit le spectacle avec la fameuse Entrée des gladiateurs du tchèque Julius Fučĺk, reprise à la fin, en bis, avec les battements de main du public : on se serait cru à Vienne avec la Marche de Radetzky ! Suivit ensuite Circus Polka de Stravinski qui est loin d’être le chef-d’œuvre du compositeur du Sacre du Printemps. Mais celui-ci a dû bien s’amuser et, plus important encore, encaisser une quantité substantielle de dollars pour ce travail, suggéré par Balanchine et destiné à faire danser les éléphants du Barnum sir la Marche Militaire de Schubert ! On serait curieux de savoir ce qu’en pensait le mentor du grand Igor dans ses dernières années, le très dogmatique Robert Craft, disparu il y a quelques jours ! Avec Parade d’Erik Satie, on revenait, si l’on peut dire, aux choses sérieuses, en se souvenant que cette composition, qui fit scandale en 1917, valut à son auteur quelques jours de prison. Sur un argument de Cocteau et avec un rideau de scène, perint par Picasso, Parade s’érigeait en « porte d’entrée » dans l’univers du Surréalisme. La fameuse Danse Du Sabre, extraite du ballet Gayaneh d’Aram Khatchatourian permit à l’ONL de révéler son aisance rythmique, avec un tempo particulièrement enlevé, de même que dans la Tarentelle de Rossini, orchestrée par Respighi pour sa Boutique fantasque. Les très beaux fragments orchestraux extraits des Saltimbanques de Louis Ganne exprimèrent tout le lyrisme dont était capable le compositeur de la Marche Lorraine. Pourquoi donc mépriser, tels certains snobs, ces Saltimbanques, véritable petit chef-d’œuvre de l’opéra-comique français des années 1890, à la veine mélodique incomparable ? Enfin, Les Forains, célèbre musique de ballet en un acte, créée aux Champs-Elysées en 1945, « fermait le bal ». Ajoutons que toutes ces musiques furent très bien mises en situation grâce à la prestation de jeunes acrobates très talentueux, membres de l’école du Cirk’Eole, aussi virtuoses que débordant d’humour.

Pendant un peu plus de quatre-vingt-dix minutes, l’ONL nous a régalés avec un programme très intelligemment conçu. Et comblés avec cette sonorité et cette virtuosité qui n’ont jamais été aussi riches et homogènes. Le public ne s’y est pas trompé en manifestant son enthousiasme par des applaudissements très nourris. Merci à vous, Mesdames et Messieurs les musiciens, membres de l’ONL.  Et merci à vous, bien sûr, Maestro !

 

Jean-Pierre Pister, vice-président du Cercle Lyrique de Metz