Teresa Berganza à Luxembourg

Master class de Teresa Berganza à Luxembourg

(3, 4 et 5 octobre 2013)


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La beauté de la voix, la technique impeccable, la sensibilité de l’interprète signalent les grands chanteurs. Les plus éminents d’entre eux possèdent, en plus, une personnalité rayonnante qui ajoute à leurs prestations quelque chose qui tient du sacré, de l’enchantement magique, du « carmen », au sens étymologique du terme. S’agissant de Teresa Berganza, il est évident qu’elle appartient à ce que l’art lyrique a produit de meilleur ces soixante dernières années : après ses débuts officiels en 1955, elle a incarné des Chérubin, Dorabella, Rosine, Cenerentola, Carmen de façon mémorable et défendu fièrement la musique espagnole, celle des Falla et Albéniz, mais aussi celle moins connue de la zarzuela. Sa longévité à la scène a été exceptionnelle puisque ses derniers concerts remontent à 2006. Aujourd’hui, à 80 ans, et avec la générosité qui anime les plus grands, elle partage la précieuse expérience acquise au long d’une carrière exceptionnelle avec les jeunes participants à ses master classes.

C’est dans le cadre de l’association Nei Stëmmen Luxembourg, fondée en 2009 au Grand-Duché afin d’y promouvoir la culture vocale et musicale, que se tiennent chaque année une Académie internationale d’été, pour chanteurs et pianistes, et un Laboratoire lyrique qui réalise depuis 2012, à raison d’un opéra par an, la production de la trilogie Mozart-Da Ponte. En outre, en septembre 2013, s’est tenue la première édition du Concours international de chant Nei Stëmmen dont certains lauréats ont suivi la Master class tenue par Teresa Berganza les 3, 4 et 5 octobre 2013 à Luxembourg.

C’est un rare privilège de pouvoir assister à ces séances de travail menées de main de maître par la cantatrice : avec une attention à qui rien n’échappe, entre humour bienveillant et remarques techniques précises, passant de l’italien au français, elle pointe les erreurs, applaudit aux réussites, ne manque jamais de ramener le candidat à la lecture exacte de la partition. On voit la frêle silhouette se dresser et bondir de son siège pour aider le candidat à trouver la posture la plus propice à l’émission vocale, accompagner d’un large mouvement du bras sa prestation afin de suggérer l’intensité d’un son. Le regard, toujours impérieux, n’a rien perdu de son intensité mais le sourire n’est jamais loin. Le courant passe visiblement entre maître et élèves (deux Françaises, deux Italiens, une Canadienne et un Coréen) et même les plus intimidés reprennent confiance en eux.

Il faut préciser que le niveau d’ensemble était d’une rare qualité : la basse profonde de Kiok Park et la soprano Sarah Tisba, aux aigus étonnants de facilité et d’intensité et à la diction française impeccable, dominaient certainement le lot par la qualité de la voix et la maîtrise technique, mais personne n’a démérité. Le côté « chien fou » de l’Italo-Colombien Jaime Pialli lui attira la sympathie de Teresa Berganza et du public. Le concert public, au soir du 6 octobre, permit de mesurer les fruits du travail intense qui l’avait précédé, auquel les excellents accompagnateurs, les pianistes Alice Meregalia de l’Opéra Studio de l’Opéra National de Paris et Philip Richardson de l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, avait pris leur juste part.

Entre les deux parties de ce concert, Teresa Berganza confia à Marie-Laure Rolland quelques souvenirs de sa carrière et son opinion sur l’opéra d’aujourd’hui. Avec sa spontanéité décapante, elle régla son compte aux metteurs en scène plus soucieux de leur propre ego que du respect des œuvres qu’ils mettent en scène, dénonçant au passage la conception vulgaire qu’ils imposent trop souvent du personnage de Carmen, étranger au tempérament gitan et à l’œuvre de Bizet, qui a si bien compris l’esprit de la musique espagnole.

Il faut ajouter que le talent et l’intelligence de Teresa Berganza n’ont d’égal que sa simplicité et sa disponibilité à l’égard de ses élèves et de son public. On ressort d’une telle session ébloui et heureux d’avoir pu approcher, si peu que ce soit, une telle personnalité et rassuré sur l’avenir de l’art lyrique.

 Merci Madame !


Danielle Pister

 

Le programme officiel des Master class

Teresa Berganza dans son arbre généalogique :  De España vengo, extrait de El Niňo judío, zarzuela de Pablo Luna.