Nathalie Stutzmann et Haendel

Nathalie Stutzmann, Haendel et ses Héros de l’ombre

Le dernier enregistrement d’Orfeo 55

(en concert à l'Arsenal de Metz le jeudi 21 mai 2015 à 20 heures)

 

Nathalie stutzmann philippe jaroussky orfeo 55 geo

  

Après un détour par la Deutsche Grammophon avec Vivaldi puis Bach, Nathalie Stuzmann et son ensemble Orfeo 55 se retrouvent, avec ce nouveau CD consacré à Haendel, chez Erato, ce label récemment relancé par la Warner et pour lequel la cantatrice avait, naguère, gravé Amadigi di Gaula sous la direction de Marc Minkovski. L’affinité de la cantatrice - chef d’orchestre pour le compositeur « saxon » n’est plus à démontrer et nous avons tous gardé un fort souvenir de ce Messie donné par les mêmes artistes à l’Arsenal de Metz, le 12 décembre dernier, où tout était parfait, chœurs, solistes et instrumentistes avec une direction engagée, sans aucune lourdeur… et sans les excès de certains baroqueux. Nous n’avons pas, non plus, oublié, ce concert donné en l’Eglise Notre-Dame de Metz, en décembre 1988, par ce qui était, à l’époque, l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, au cours duquel Nathalie chantait la partie de contralto de ce même Messie, sous la baguette de Jacques Houtmann. Enfin, parmi ses nombreux disques, celui gravé chez RCA avec le Hannover Band dirigé par Roy Goodman et qui comporte quelques-uns des plus beaux airs d’opéras du répertoire haendélien est à marquer d’une pierre blanche.

Les deux premiers CD réalisés par Orfeo 55 sortaient déjà des sentiers battus, notamment, celui consacré à Jean-Sébastien Bach, avec le concept de « cantate imaginaire ». Nathalie Stutzmann va encore plus loin, cette fois-ci, avec les Heroes from the Shadows ou « Héros de l’ombre ». De quoi s‘agit-il ? Laissons la cantatrice nous l’expliquer dans le remarquable texte d’accompagnement : « L’idée de ce programme me taraudait depuis longtemps... En fait, depuis la première fois où j’ai chanté  le rôle-titre d’Amadigi. J’étais dans la lumière avec ces grands airs héroïques du personnage, et pourtant je m’extasiais devant la beauté de l’air du second rôle, Dardano, qui chantait « Pena tiranna » et me semblait bien plus intéressant et expressif que la plupart des airs qui m’étaient dévolus ! […] je rêvais de pouvoir, ne serait-ce que le temps d’un récital, me plonger avec délice dans les ombres des ouvrages et mettre en lumière ce répertoire de deuxième voire même troisième « plan », comme on dit à l’opéra, et dont le public ne se souvient pas en sortant de la salle, mais qui pourtant l’a bouleversé pendant quelques minutes de parenthèse lors du spectacle. Un peu comme ces acteurs extraordinaires qui jalonnent le cinéma, dont on connaît la voix, le visage, mais dont on peine toujours à retrouver le nom ».

Nathalie Stutzmann a donc entrepris de relire une quarantaine de partitions qui constituent l’ensemble de ce que Haendel a écrit pour l’opéra. Elle a sélectionné quatorze airs dévolus à des personnages réputés secondaires et aux profils psychologiques variés, tant dans des œuvres aussi connues qu’Ariodante, Serse, Giulio Cesare, Rodelinda, Tamerlani  que dans des partitions plus rares comme Silla ou Partenope. A ce florilège s’ajoutent cinq ouvertures ou Sinfonie empruntées à Poro, Orlando, Partenope, Scipione, Serse qui mettent particulièrement bien en valeur les qualités instrumentales d’Orfeo 55. Une dernière précision : à la plage 14, dans la scène 11 du premier acte de Giulio Cesare, Nathalie Stutzmann, Cornelia, donne la réplique à Philippe Jaroussky, Sesto. Une rencontre au sommet !

Un tel enregistrement constitue un double événement musicologique et artistique qui fut, très justement, distingué par un Diapason d’Or en décembre 2014. La cantatrice s’y couvre de gloire, aussi bien comme soliste qu’en dirigeant ses vingt-deux amis qui constituent l’ensemble Orfeo 55. Il faut insister également sur l’excellence de la réalisation technique. Les prises de son, réalisées en mai 2014, dans l’Eglise du Bon Secours à Paris, sont d’une clarté et d’une finesse rares. Nous possédons personnellement cette réalisation sous deux supports différents : d’une part en CD traditionnel ; d’autre part en fichier informatique téléchargé sur le site spécialisé Qobuz, en « Haute Définition 24 bits 96000 Hz ». Dans les deux cas, le rendu sonore est un régal pour tout audiophile, avec une légère plus-value pour la seconde édition. Nous avons beaucoup aimé Vivaldi-Prima Donna et Bach-Une Cantate imaginaire. Nous avons adoré ces Heroes from the Shadows. Merci à vous, Madame. Merci à vos musiciens. Et à très bientôt à l’Arsenal.

Jean-Pierre Pister, vice-président du Cercle Lyrique de Metz

 

Deux extraits significatifs 

 

Giulio Cesare, Acte I, Scène 11 : duo Cornelia, Sesto avec Philippe Jaroussky

Partenope, Acte I, Scène 13 : air de Rosmira