Discographie de June Anderson

June Anderson : une discographie exemplaire


Si le mélomane français cherchait une raison pour rendre hommage à June Anderson, il pourrait la trouver dans les prestations brillantes de la soprano américaine dans le répertoire lyrique en langue française, longtemps négligé dans l’Hexagone. En 1985, pour ses débuts au Palais Garnier, elle participe à la résurrection de Robert le Diable de Meyerbeer, un des succès les plus spectaculaires de tout le XIXème siècle, mais totalement oublié ensuite. Le spectacle télévisé qui en a été diffusé, montre l’enthousiasme des Parisiens séduits autant par la beauté de la femme que par celle de sa voix, l’éclat de son registre aigu, mais aussi l’émotion de son interprétation. L’année suivante, la reprise de La Fille du régiment, à l’Opéra-Comique, en compagnie d’Alfredo Kraus, lui vaut un véritable triomphe qui pousse la firme EMI à enregistrer le spectacle pour publier l’intégrale en CD. Elle provoque la même ferveur en 1988, au Festival d’Aix-en-Provence, dans Armida.
La discographie de la cantatrice reflète assez fidèlement le déroulement de sa carrière, d’autant plus qu’elle comporte de nombreux enregistrements sur le vif. Elle fait ses débuts, en 1978, au New-York City Opera, dans Mozart : Donna Elvira (Don Giovanni) et la Reine de la Nuit (La Flûte enchantée), dont elle chantera le second air, en anglais, dans le film Amedeus de Milos Forman, sorti en 1984. Elle enregistrera intégralement ce rôle, en langue originale, sous la direction de Sir Charles Mackerras, en 1991.
À partir de 1982, l’essentiel de sa carrière se déroule en Europe où elle s’impose dans le domaine du Bel Canto. En dix ans, sur les plus grandes scènes italiennes, anglaises, françaises, puis américaines, elle n’aborde pas moins de sept opéras différents de Rossini (Sémiramide, Otello, I Capuletti e I Montecchi, Armida, Maometto II, Ricciardo e Zoraide, La Donna del lago). A cela s’ajoutent les Bellini (La Sonnambula, I Puritani, Beatrice di Tenda), et la Lucia di Lammermoor de Donizetti. Les intégrales ou les récitals, en studio et sur le vif, témoignent de la qualité de ces incarnations.
June Anderson aborde le répertoire verdien dès ses débuts. D’abord, au New-York City Opera dans Gilda (Rigoletto), qu’elle reprend, en 1989, au Metropolitan de New-York, et enregistre l’année suivante. Ce seront ensuite les rôles plus lourds de La Traviata, en 1993, Desdemona d’Otello et Lucrezia des Due Foscari, en 1995, Giovanna d’Arco, en 1996.
C’est l’époque où elle revient chanter à Paris Lucia di Lammermoor. Mais elle explore d’autres répertoires : en 1996, la Tatiana d’Eugène Onéguine ; Norma et la Leonore du Trovatore, les deux années suivantes. Entre 2000 et 2005, tout en revenant à Donizetti (Anna Bolena) et Bellini (La Sonnambula), elle chante Richard Strauss (Capriccio, Daphné) et Hans Werner Henze (The Bassarids). En 2011, sa dernière prise de rôle concerne Salomé, à la Monnaie de Bruxelles.
Au vu de ce parcours, on peut noter la sagesse et l’intelligence avec lesquelles il a été construit. Ce qui explique qu’à l’âge où d’autres songent à se retirer, elle puisse s’intéresser à un rôle aussi éprouvant que celui de Salomé. Si cette réussite s’appuie sur une remarquable technique de chant, et une diction devenue rare en français, elle s’explique aussi par une voix exceptionnelle qui lui a permis d’aborder, avec un égal bonheur, les rôles de coloratura dramatique (à la limite du Falcon dans les Vêpres siciliennes dont June Anderson a enregistré le célèbre boléro dans la version française originale) et coloratura légère, comme Dinorah. Certains rôles français, comme Juliette ou Manon, ou italiens, comme Violetta, participent des deux registres, d’où l’intérêt de ses prestations scéniques que le studio, ou les prises de son sur le vif, ont heureusement préservées.

Danielle Pister

 

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