Corelli par Gli Incogniti

Corelli, le « vrai Orphée des concerti grossi, ange divin de l’archet… »

Deux CD édités par le label Zig-Zag Territoires


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 Concerto da chiesa Op.VI no.7 : Vivace-Allegro-Adagio


Arcangelo Corelli, ce transalpin du XVIIe siècle interprété par les ultramontains du XXIe ! Francesco Gasparini, un autre baroqueux de l’époque, qualifiait le compositeur né à Fusignano près de Bologne, de Vero Orfeo dei tempi nostri. Qui s’est amouraché de ce Divino Arc Angelo ? L’Ensemble Gli Incogniti, pas si incognito que cela, car il nous en avait l’an dernier, à l’Arsenal, donné trois des concerti grossi. Les dix-sept musiciens en respiraient l’italianité dans toute sa minutie archetière. La gravure qu’ils en avaient réalisée au fil des deux concerts donnés dans la grande salle avait comme figure de proue Amandine Beyer, violoniste et chef d’orchestre tout à la fois, et s’est traduite aujourd’hui par une copie qui vaut l’original. Mais cette fois, c’est l’intégrale des douze opus da camera et da chiesa de Corelli qu’ils offrent à l’écoute. Amandine Beyer s’était fait connaître en solo, début 2012, des abonnés de la série de l’Arsenal, et on avait trouvé que ses trois sonates pour violon seul de Jean-Sébastien Bach avaient un tour anticipatoire des nouvelles interprétations tout en flirtant avec l’improvisation. Un mois plus tard, elle déployait une rigoureuse maîtrise en qualité de soliste dirigeant ses musiciens en demi-cercles, et de sa partenaire, co-soliste et violoniste également. Cela rappelait ce virtuose à la double casquette, venu très tôt dans ce Palais Bofill, Fabio Biondi, violoniste et chef d’orchestre de son Europa Galante qui, déjà, poussait les feux assez loin, s’étant adonné aux Quatre Saisons vivaldiennes dans leur pur jus narratif et assez spectaculaire.

UN DIAPASON D'OR

Normal que les Incogniti s’affranchissent des canons de l’authenticité prônée il y a maintenant un demi-siècle, pour s’émanciper vers une plus grande autonomie interprétative. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas d’une rigoureuse maîtrise instrumentale. Avec son côté pulsif et implusif, Amandine Bayer  partage, en alternance, avec les quatre violons co-solistes de la formation (Helena Zemanova, Yoko Kawakubo, Flavio Losco et Alba Roca) leurs schémas thématiques solidement calibrés et cultivant cette équipollence des figures sonores, comme s’ils affrontaient les Zig Zag Territoires correspondant au titre de leur firme. On observera l’impulsion donnée aux cordes basses, soutenant les galipettes bien ciblées des violons, leurs allegros frétillants poussant au maximum les subtilités de leur  corde filée aux aigus. On se laisse bercer par les Largo, les Adagios et les Andante, au substrat harmonique d’un onctueux lyrisme, contrastant avec le ripieno instrumental serré en réponse aux traits en solo à la réactivité stupéfiante. Les douze numéros de l’opus VI  se ressemblent dans leur silhouette musicale tout en étant différents dans leurs  attaques rythmiques et leurs couleurs, avec, en prime, une Sinfonia extraite de l’oratorio Santa Beatrice d’Este et une Sonata a quattro. Un Diapason d’Or vient de les récompenser de mois-ci. A écouter sans modération.

Georges Masson