Philharmonie sarroise

Deutsche Radio Philharmonie Sarrebruck-Kaiserslautern

De Takemitsu à Beethoven

L’Arsenal − 20 février 2016

 

La Deutsche Radio Philharmonie Sarrebruck-Kaiserslautern est un partenaire régulier de l’Orchestre National de Lorraine. Rappelons que Jacques Mercier a réalisé avec cette formation, une remarquable intégrale discographique des symphonies de Théodore Gouvy. La formation sarroise est donc présente à l’Arsenal, une fois l’an, à l’invitation de l’ONL. Ainsi, le  20 février dernier, le public se pressait nombreux, en dépit des vacances scolaires, pour un programme Takemitsu-Mozart-Beethoven avec, en soliste, la clarinettiste allemande Sabine Meyer, sous la direction du jeune chef finlandais Piertari Inkinen.

La patrie de Sibelius constitue, depuis quelques années, une pépinière de chefs d’orchestre de talent, il suffit de rappeler les noms d’Okko Kamu, Osmo Vänskä, Jukka-Pekka Saraste, Esa-Pekka Salonen, Leif Segerstam, Mikko Franck. Inkinen s’inscrit naturellement dans cette lignée comme ont pu le constater les auditeurs présents à l’Arsenal. Quant à Sabine Meyer, sa notoriété a défrayé la chronique dans les années 80 lorsque Karajan a voulu l’imposer aux Berliner Philharmoniker.

La soirée commença par une œuvre tardive du compositeur Toru Takemitsu (1930-1996).  Fantasma pour clarinette et orchestre, inspiré des jardins japonais, est une courte pièce concertante, redoutable techniquement mais d’une belle couleur orchestrale et mettant particulièrement bien en valeur la soliste pour laquelle elle fut écrite. On attendait, ensuite, Mozart. Mais, Sabine Meyer devant changer d’’instrument, on eut droit, dans un mauvais anglais incompris des 4/5 du public, à une courte intervention du chef annonçant un intermède orchestral non prévu au programme. A l’entracte, les mélomanes les plus distingués se perdaient en conjectures pour identifier ce qui serait, aux dernières nouvelles, un fragment d’un ballet peu connu de Sibelius !

Enfin, Mozart vint avec le Köchel  622, ce sublime Concerto pour Clarinette en la majeur terminé en octobre 1791, moins de deux mois avant sa disparition. Avouons d’emblée notre déception. Ce chef d’œuvre, qui précède de quatre numéros d’opus le Requiem inachevé, a été composé alors que Wolfgang-Amadeus était déjà dans l’antichambre de la mort. Le mouvement central, adagio, est une des musiques les plus poignantes jamais écrites. Naguère, Sabine Meyer en a donné une traduction idéale dans un enregistrement réalisé avec la Staatskapelle de Dresde. Pour quelles raisons croit-elle devoir, désormais, transformer ce « chant du cygne » en un aimable divertissement doté d’ornementations hors de propos, avec la complicité d’un orchestre allégé et excessivement rapide ? Retombées collatérales d’une certaine mode « baroqueuse » mal comprise ?

La Cinquième de Beethoven constituait la seconde partie du concert et a suscité un juste  enthousiasme du public avec un orchestre au sommet de sa forme, soutenu par des cordes graves puissantes, particulièrement perceptibles dans le troisième mouvement, scherzo. Le chef a eu l’excellente idée de faire la reprise, généralement négligée, dans l’allegro final. Son interprétation est brillante et survoltée, cadrant l’œuvre en une trentaine de minutes. Ce choix de la virtuosité, aujourd’hui très « tendance » chez les chefs de la dernière génération, tend à expurger l’œuvre de toute dimension philosophique, voire métaphasique. Cela peut prêter à débat dans une symphonie inspirée par l’idée du « destin », d’autant plus que la notion de « tempo giusto » est ici aléatoire, les indications métronomiques ne figurant que dans les toutes dernières partitions du Maître de Bonn. Il nous faut donc, au moins pour un moment, oublier Furtwängler et Klemperer... et revenir à Toscanini, voire à Leibowitz dont l’intégrale du corpus beethovénien, injustement méconnue, est la plus rapide. Pourquoi pas ? Mais à dose homéopathique !

Jean-Pierre Pister