André Caplet révélé

André Caplet révélé par le Salon de Musique

Saint-Pierre aux Nonnains - 1° décembre 2015

Metz eglise saint pierre aux nonnais vue du cote est

Dans le cadre préroman de l’ancienne Eglise Saint-Pierre aux Nonnains, si propre à la méditation et à l’expression d’une authentique spiritualité, les mélomanes messins ont pu participer, le mardi 1er décembre dernier à un événement exceptionnel. L’excellent ensemble, Le Salon de Musique, animé par Philippe Baudry, violoncelle solo de l’Orchestre National de Lorraine, nous a gratifié d’une œuvre peu connue d’André Caplet, Le Miroir de Jésus. En la circonstance, les six instrumentistes se sont adjoints le Chœur de femmes « Ensemble Allegri » et la Mezzo-soprano Isabelle Druet, le tout placé sous la direction de Jean-Marie Puissant.

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André Caplet (1878-1925) fut un ami et un très proche collaborateur de Claude Debussy dont il créa, comme chef d’orchestre, Le Martyre de Saint-Sébastien et dont il orchestra les Children’s Corner et Clair de Lune, extrait de La Suite Bergamasque. Pensionnaire de la Villa Médicis, lauréat d’un grand Prix de Rome, juste devant Maurice Ravel, en 1901, André Caplet était un parfait pianiste et violoniste et se révéla d’abord comme chef d’orchestre, aussi bien à Boston où il fut ainsi un lointain prédécesseur de Pierre Monteux et de Charles Munch qu’à l’Opéra de Paris. Il tint à être mobilisé en 1914 en dépit d’une santé fragile. Mais il fut gazé au front et dut renoncer à la direction d’orchestre. Ces épreuves le rapprochèrent de la foi catholique alors que son ami Debussy était pour le moins agnostique. Naquirent ainsi, au lendemain de la Grande Guerre, plusieurs compositions de musique religieuse dont ce Miroir de Jésus en 1923. Précisons qu’en dépit du contexte des « Années folles », la France connut alors une véritable renaissance du sentiment religieux avec des écrivains tels que Bernanos, Mauriac, Claudel, Jacques Maritain. Au même moment, la Troisième République mettait une sourdine à son anticléricalisme antérieur en rétablissant les relations diplomaties avec le Saint –Siège et, le 16 mai 1920, Jeanne d’Arc était canonisée sur décision de Benoit XV, ce pape si injustement décrié. André Caplet devait disparaitre à l’âge de 42 ans, en 1925.

Le Miroir de Jésus est composé sur des poèmes d’Henri Ghéon (1875-1944), cet écrivain-médecin qui entra dans l’Ordre des Dominicains après les horreurs vécues comme soignant dans les tranchés. Il s’agit d’une adaptation libre, en quinze poèmes du cycle, du Rosaire, en trois parties, Miroir de Joie (les Mystères Joyeux), Miroir de Peine (les Mystères Douloureux), et Miroir de Gloire (les Mystères Glorieux). La notion de « miroir » désigne ainsi la perception par Marie du destin de Jésus, de la Nativité à l’Ascension et à la Pentecôte, le tout se terminant par le thème de l’Assomption et du couronnement de Marie, Reine du Ciel. Remarquons que cette dernière partie anticipe de plus de vingt ans la décision de Pie XII de proclamer le dogme de l’Assomption, lors de l’Année Sainte de 1950. Le chœur présente l’œuvre et annonce chaque partie qui est précédée par un prélude instrumental, interprété par le quintette à corde complété par la harpe. Chaque poème est chanté en soliste par la mezzo-soprano qui, à la fin, déclame un court passage parlé.

Tout était parfait, ce mardi soir, dans la présentation et l’interprétation de ce chef d’œuvre si rarement donné et dont l’écriture rappelle, plus d’une fois, Pelléas et Mélisande. Félicitons d’abord Philippe Baudry pour la présentation particulièrement pédagogique de cette composition, digne d’un cours de Khâgne. Exprimons notre admiration pour ce « fini instrumental », au-delà de tout éloge, particulièrement sensible dans le prélude du Miroir de Peine, avec ce passage dans lequel les cordes jouent à l’unisson et au même octave ! Insistons sur homogénéité exemplaire du chœur. Et applaudissons Isabelle Druet pour la chaleur de son timbre et la totale clarté de sa diction. Elle n’est pas une inconnue à Metz, nous n’avons pas oublié sa Carmen en 2011 et son Isabella dans L’Italienne à Alger en 2012. Le tout était magistralement mené sous la baguette de Jean-Marie Puissant. Au total, un très grand concert, un véritable moment de grâce qui aurait mérité les honneurs du micro. En effet, les quelques versions du Miroir de Jésus disponibles en CD sont loin de se situer à un tel niveau. 

 

Jean-Pierre Pister, vice-président du Cercle Lyrique de Metz