« Au milieu des Tempêtes »

Violon juvénile au milieu des tempêtes

 

On aurait tendance à croire que l’O.N.L. qui nous avait joué en septembre le tableau de La Grande Illusion symbolisant les débuts de la Guerre de 14/18, en a poursuivi, à son concert d’octobre, les coups de tabac et les bourrasques sonores de son Avis de Tempête, dont les houles symphoniques étaient tout autant ravageuses. Il en fut ainsi de la Première Suite de la rare musique de scène de Sibélius, c’est-à-dire La Tempête, dont un morceau, (en plein milieu des pittoresques séquences qui auraient pu être assimilées à des numéros de ballet tant leur rythmique s’y prêtait), soulevait les pupitres par vagues. Et qui était aux manettes ? Le chef viennois Wolfgang Doerner, -nœud papillon blanc comme tous les musiciens d’orchestre austro-allemands-, dont la gestique rappelait celle de Jacques Mercier qui avait ramé le mois précédent.

Wolfgang Doerner, plusieurs fois venu à l’Arsenal de Metz, remit la gomme, en seconde partie du concert, dans une autre Tempête, celle de Tchaïkovski inspirée de la tragicomédie de Shakespeare, et qui fut quand même plus séduisante, ne serait-t-ce que par la féerie de son propos où Ariel, l’esprit des airs, avait déchaîné la tornade sur l’ordre du magicien Prospero. On y trouve, outre celui du naufrage, le puissant thème de l’amour des deux amants qui s’abandonnent à l’enchantement d’une passion triomphante. Evidemment, l’inévitable orage vint troubler les doux élans, et c’est tout l’orchestre qui fut à la manœuvre et gronda à nouveau. Chapeau les cuivres… mais doucement les basses !

UN MATCH SOLISTE-ORCHESTRE ?

L’entre-deux fut quand même plus réjouissant. On attendait le jeune violoniste serbe Stanko Madic, dans ce pilier de répertoire qu’est le Concerto en mi mineur de Mendelssohn, figurant dans le top 5 des concertos romantiques du siècle. Bien sûr, il est techniquement plus accessible que ceux de Brahms et Tchaïkovski, mais notre soliste l’aborda d’un son perçant et acide, dont il fallut attendre quelques minutes avant qu’il ne le rendît plus suave. Malgré tout, on n’était pas dans l’harmonieux épanouissement de l’éthique universelle d’un Menuhin ni dans la ferveur attendue. Cependant, le soliste s’élança correctement dans les ondoiements lyriques du premier mouvement, ses ornementations et jusqu’à sa cadence. Dans son Andante, il respecta le déroulement berceur d’une romance sans paroles, et, avec l’Allegretto final qui prendra la forme d’un scherzando restituant l’atmosphère du Songe d’une Nuit d’été, (la musique de scène du compositeur), il finira par convaincre tout le monde. Mais voilà. Comme cela est déjà arrivé à plusieurs reprises avec d’autres solistes invités, dont le pianiste Angelich, les pupitres d’harmonie et les percussions montrent leurs biceps devant leurs partitions d’accompagnement, jouées avec une puissance identique à celle d’une symphonie, alors que le chef aurait dû mieux adapter leurs nuances accompagnatrices à celles de l’instrument soliste. Stanko Madic nous livra deux bis : un Caprice de Paganini et l’Adagio de la Première Sonate pour violon seul de J.S. Bach. Trou de mémoire dans le deuxième ! Il est rare que cela arrive. Mais on pardonne.

Georges MASSON