Israël en Egypte

Israël en Egypte de Haendel

 Arsenal – 20 septembre 2014

 

Impétueuses polyphonies du Nederlands Kamerkoor soutenues par Le Concert Lorrain

S’il est un oratorio qui connut maintes transformations au fil des siècles, c’est bien Israël en Egypte de Haendel. Encore que, lorsqu’on pioche dans les versions, bien des avatars leur avaient été réservés. Les anthologies musicographiques ont tant détaillé les propos, qu’on ne sait plus si on doit appeler l’ouvrage un oratorio, car il est construit majoritairement avec des chœurs, au détriment des arias de solistes. L’œuvre que l’on a entendue à l’Arsenal, - et jouée probablement pour la première fois à Metz- fut longtemps donnée en deux parties, auxquelles on avait ajouté, à sa création de 1739, un vaste anthem pour les funérailles de la reine Caroline ainsi qu’un concerto pour orgue, sans compter que leur compositeur avait nourri sa compilation des textes bibliques, de quelques arias et chœurs empruntés à d’autres pièces sacrées de ses contemporains. Arrivèrent les baroqueux du mi-XXe siècle, qui retaillèrent chaque fois l’ouvrage à l’ancienne. Loin des logomachies, Roy Goodman, avec son fameux Nederlands Kamerkoor, - d’une évidente impeccabilité-, semble avoir rétabli l’œuvre dans sa version en trois parties, avec la participation de l’orchestre du Concert Lorrain, désormais monté sur le podium de l’international, bien que le massif choral l’ait, cette fois, quelque peu vampirisé.

VICTOIRES DE L’ÉPOQUE VICTORIENNE !...

On ne boudera cependant pas le plaisir qu’aura procuré ce double chœur à 32 chantres, rigoureusement équilibré deux fois par quatre, de ses sopranos, altos, ténors et basses. Ce furent, à maintes reprises, des jets croisés qui méritaient cette figure comparative d’arcs sonores grimpant aux clés de voûtes musicales. On y décèle une solide conception chorale utilisant la double fugue, les surprenantes polyphonies et de ce que l’on a appelé les cori spezzati, ce produit vénitien assez spectaculaire que Haendel découvrit à son voyage en Italie. Le compositeur avait ce chic de coloriser musicalement les parties descriptives que le texte anglais laisse couler, lorsqu’il fait chanter en 2e partie L’Exode, les milliers de sauterelles, changer les eaux en sang, grouiller les grenouilles ( !)…

En ouverture, la Sinfonia eut un peu de mal à décoller, Roy Goodman brassant tant et plus Le Concert Lorrain assumant une partition abondante, aux traits rutilants sortis du vivier de la virtuosité haendélienne. Très forts dans les éjulations de la première partie, La Lamentation des Israélites à la mort de Joseph, le massif choral fut surtout très apprécié à la troisième, Le Cantique de Moïse, et plus particulièrement au « The right hand, O Lord » (Ta main droite, ô Eternel), la projection dans la langue de Shakespeare étant toujours fluide et bien maîtrisée.

Les solistes, aux lignes vocales pas toujours égales, connaîtront un accueil moins spontané, à l’exception de la première soprano, Julia Doyle, dans son air de la 3e partie « Thou didst blow with the wind » (Tu fis souffler ton vent), et, auparavant, dans son duo avec Maria Valdmaa. L’alto masculin David Allsopp fut très remarqué dans ses trois arias, grâce au moelleux et à la sérénité de son pur legato tout en finesse. Moins présent fut le ténor James Gilchrist, au rebours des deux basses, Peter Harvey et Roderick Williams, aux gorges grassouillettes mais franches du collier dans leur « The Lord is a man for war » (Le Seigneur est un guerrier). On retiendra l’élan général victorieux de l’ interprétation.

Georges MASSON.