Sefarad's de Thierry Pécou

Sefarad’s de Thierry Pécou

 

Thierrypecou

 Thierry Pécou

Le dimanche 21 septembre 2014, l’Arsenal de Metz, présentait, en partenariat avec les Journées Européennes de la Culture Juive, un concert intitulé Sefarad’s, sous-titré « opéra intime ». Il s’agit d’une présentation scénarisée de chants séfarades (Séfarade désignant en hébreu la Péninsule ibérique), revisités par Thierry Pécou, actuellement en résidence à l’Arsenal. La soprano Gaëlle Méchaly, dont l’enfance a été bercée à la Synagogue par ce répertoire traditionnel, a demandé à Thierry Pécou de réactualiser ces souvenirs des jours de fête et de deuil, profanes et sacrés. Le compositeur mêle, à la simple mélodie originelle des chants séfarades, une écriture plus élaborée, aux rythmes complexes et aux savants mélanges de timbres, grâce à son Ensemble Variances (flûte, clarinette, contrebasse, percussions), qu’il dirige de son piano, pour accompagner la soliste. Ces chants, sur des textes judéo-espagnols, évoquent l’expulsion des Juifs d’Espagne, en 1492, la naissance du judaïsme, et les moments essentiels de la vie des hommes : venue au monde (berceuses, chants destinés à écarter les dangers de l’enfant et de l’accouchée), quête de l’amour, choix d’un époux, jalousie, mariage et douleur de la jeune fille quittant sa famille. Puis célébrations du Shabbat, évocations des épreuves de la vie et, enfin, la mort qu’accompagne la récitation du Kaddish. Les déplacements de la soliste, toute de sensibilité, comme ceux des musiciens, sont réglés par Stephan Grögler qui a souhaité « créer un lieu, une situation d’écoute intime où l’espace dessiné par des objets, propose différentes approches de la musique ».

Cyril Mulon réalise des éclairages sobres, centrés sur les intervenants. Ils favorisent la concentration de l’écoute et permettent à l’imagination de voyager dans l’espace et dans le temps. Le revers de ce dispositif, dans cette salle de l’Esplanade plongée dans l’obscurité, est de rendre impossible la lecture des textes sur le livret, alors que le judéo-espagnol, n’est pas familier à tous les spectateurs.

Mais c’est un beau témoignage de fidélité à un héritage culturel qui reste encore vivace dans certaines régions méditerranéennes. Sa transmission tient du miracle, tant la destinée de cette communauté judéo-espagnole fut souvent funeste. Mais, si les êtres disparaissent, la mémoire- cette « Sentinelle de l’esprit », dit Shakespeare -, demeure.

Danielle Pister