Tours et détours de la valse

Tours et détours de la valse

 

Indubitablement, les concerts de Nouvel An se suivent mais ne se ressemblent pas. Faire autrement ? C’est parfait. Mais avec quoi et comment ? On se souvient qu’au tout début de ces séances valsantes qui tourbillonnaient à l’ancien Palais des sports de Metz, Emmanuel Krivine enchaînait les siennes selon une continuité basée sur la tonalité de chacun des morceaux. Cela coulait bien. Mais à l’Arsenal, le passage de la mouture 2013/14 relevait davantage d’une « suite sans esprit de suite », pour emprunter le titre de l’opus  89  de notre blâmontais Florent Schmitt. D’abord, les premiers pas du Baron Tzigane de Strauss fils, un peu hésitants, révélaient une conduite assez atypique du chef, le sydneysider Alexander Negrin, à la tête de l’Orchestre National de Lorraine, comme si sa battue n’allait pas dans le sens naturel qu’en attendaient les pupitres.   

Ses Roses du Sud, ensuite, dégageaient assez peu les fragrances de leurs bouquets ni leur élégance viennoise pas plus que leurs « delicatessen »! On n’a rien contre Gabriel Pierné bien au contraire, mais sa suite  de valses qu’il appela tout simplement Viennoise, rompait l’atmosphère opulente et tombait comme un cheveu sur la soupe, son écriture subtile, sa touche d’humour flirtant avec Satie, ses bribes luxurieuses, ne collant pas spécialement  avec l’hédonisme virevoltant que l’on pouvait attendre d’un programme prenant un chemin inhabituel. Les gens se grattaient le nez, la joue, l’oreille. Pittoresques aussi, les rares Reflets d’Allemagne de Florent Schmitt coulant avec fluidité, faisaient penser à un tour de foire à Munich, tandis que la Pizzicato Polka de Johann et Josef Strauss relevait du gag : les pizz  en ultra-pianissimo des violons étaient inaudibles, et l’on entendra  seulement leurs mezza-voce suivants. La question des nuances se posait ici et là, insolites, imprévues, les tempos de départ aussi, trop lents, respectant peu les didascalies figurant  sur la partition, le chef  en explosant parfois les cuivres qui couvraient inévitablement le quatuor.

RADETZKY : ON N’Y COUPE PAS !

On attendait beaucoup du Chevalier à la Rose de Richard Strauss, mais sa suite de valses avait un petit peu de mal de  décoller, puis de rebondir, la locomotive s’échauffant par contre sur la fin, bien que la conception générale de la restitution fût à l’opposite de l’esprit de l’ancienne capitale impériale qu’elle était censée refléter. Plus loin, le charme hispanisant de la Sevillana d’Elgar tranchait avec le style anglo-saxon de son compositeur, alors que sa Mina sortait un peu des rails. On jouait l’inconnu, le pittoresque à fond. Quant à la Tarentelle de Martucci jouée à bride abattue, elle torturait quelque peu les pupitres. On quitta ensuite les gros sabots pour se plonger dans la Valse d’amour, elle aussi, très peu jouée, de Max Reger. Petite découverte également, la valse Je te veux, d’Eric Satie, tout en finesse, tout en ivresse, qu’avait orchestrée Roberto Benzi, refermait la page des curiosités. Sorti des chemins buissonniers on retrouva la bonne piste des trois temps triomphaux  avec la Valse de l’Empereur, très attendue, où Alexander Negrin reprit le bon tempo. Bien qu’on le veuille ou non, les viennoiseries sonores n’étaient pas tellement sa tasse de thé au pays du mythique Apfelstrudel ! Bien sûr, l’indéboulonnable Marche de Radetzky, fut l’ultime sucette que l’on réclama deux fois. Remplissant l’Arsenal plein comme un œuf, le public était  sage, heureux, satisfait, applaudissant à tout rompre au final. Atypique double- séance, oui.  

 Georges  MASSON