Nouvel An chinois 17 janv 2014

O.N.L. : la perplexité du Nouvel… An chinois ! 

 

La délicate et sensible musique de scène tirée de Rosamunde de Franz Schubert, bissait, l’autre soir, la fin du concert donné à L’Arsenal par l’O.N.L. et que Jacques Mercier encadra de sa Troisième Symphonie et de la Quatrième de Robert Schumann, lesquelles ne furent  pas sans dégager un certain courant de consanguinité. La touche merciérenne ? La première coulait, dans sa carrure quelque peu beethovénienne, un Allegretto paisible évoquant par le biais du pupitre des bois, son caractère champêtre et bienheureux avec une petite touche viennoise rappelant le mitan de la Pastorale. De même que celle de Schumann, mettant également en exergue le fil clair et sautillant des cordes supérieures, révélait sous la baguette du chef, son climat serein et l’empathie de ses thèmes, avant les caresses mélodiques de sa superbe Romance, dont le violon solo de Denis Clavier distillait le déroulé connu que le public emporta dans ses oreilles et dans son cœur bien après le concert. C’était zen. Le yin et le yang de Jacques Mercier ? Et pourquoi pas.

Il a saisi l’occasion du Nouvel an chinois, célébré à Paris et dans diverses villes de l’Hexagone, pour en livrer, en création mondiale, la commande de l’État et du Ministère de la culture, du double concerto pour accordéon et piano de Chengbi An, calé entre les deux symphonies du jour. Ce ne fut point en réalité, une affriolante découverte. Il est avéré que ce n’est pas d’aujourd’hui que les compositeurs venus d’Orient aient été happés par les sirènes de la musique contemporaine occidentale. L’actuelle génération des musiciens qui en écrivent, ne semblait pas s’en être nécessairement détachée, bien qu’elle penchât depuis peu vers la musique électroacoustique. En général, on lit au travers de leurs partitions d’orchestre, cette habile intrication qui révèle tout autant l’alchimie de nos post-sérialistes et de nos spectraux, que les couleurs sonores asiatiques en spirale et très attirantes qui les enveloppent, et plus ou moins parsemées d’ondulatoires perles mélodiques.

REDÉCOUVERTE DES ANNÉES 80 ?

On pensait que Chengbi An, transcendant les fondamentaux du demi XXe siècle, s’inscrirait dans la foulée des quelque quarante créateurs actuels de l’ex Empire du Milieu. Mais, bien que l’auteur se fût référé au bouddhisme exposé dans la Sutra de Huineng, c’est toute la carapace des technologies musicales occidentales des années 1980 qui apparaissait. Sans doute, la pensée profonde, les courants intérieurs de l’être, l’abolissement des différences, nourrissaient le syncrétisme du musicien. Mais ces données abstraites semblaient complètement submergées par ce retour vers une configuration d’il y a trente ans et plus, basée sur la recherche instrumentale, le post-atonalisme, les formes, les dérivés timbriques, rythmiques et autres. Et cet exemple de création le plus frappant, rappelait aux auditeurs éclairés, un des pôles de référence qu’était, à Metz, son festival et les audacieuses nouveautés qu’il leur proposait. L’œuvre de Chengbi An, influencée par ses mentors français (dont Gérard Grisey et Alain Banquart) et qui étaient parfois difficiles à passer, était calée sur 27 minutes sans pause. Abondamment nourrie de traits vifs et brefs enchevêtrés, elle était dominée par les schémas répétitifs tournant en boucle et ponctués régulièrement et fréquemment d’un bout à l’autre, par les claquements des percussions, l’explosion des cuivres bouchés et autres remous d’orchestre. Bref, des bribes de thèmes et des flagellations répétées, doublés d’une tautologie de laquelle on ne ressentait guère l’émotion. Quant aux solistes, ils se fondaient plutôt dans l’orchestre qu’ils ne s’en détachaient, l’accordéon de Fanny Vicens se substituant à l’orgue à bouche, et le piano de Sae-Jung Kim restituant les accords plaqués de la partition. L’O.N.L. s’en sortait bien comme d’habitude. Mais les applaudissements étaient plutôt réservés. L’œuvre s’imposera-t-elle au best-of du catalogue contemporain, où rejoindra-t-elle le vaste répertoire des partitions  oubliées ? L’avenir nous le dira.

Georges MASSON