Mendelssohn et Gouvy

 Une intéressante confrontation musicale       

 

Il était captivant de mettre en parallèle la Cinquième Symphonie, « Réformation » de Mendelssohn et le Requiem de Gouvy, au dernier concert de l’Orchestre National de Lorraine, devant un large public aussi conquis, dans la grande salle de l’Arsenal. Jacques Mercier a nettement élevé le niveau d’interprétation de la seconde œuvre dont on se souvient qu’elle fut recréée, donc redécouverte à Metz, en avril 1993, et que déjà, elle avait capté l’attention de l’assistance. Cependant, il nous était apparu que la Philharmonie de Lorraine d’alors, avait insuffisamment travaillé l’ouvrage pour qu’on pût en signer un label de qualité première, de même que les choristes du Concentus Musicus de Vienne n’avaient pas vraiment assimilé leurs parties. Ici, le chef de l’ONL qui s’est investi totalement dans chacun des deux ouvrages, a voulu souligner la différence stylistique entre le maître de Hambourg et celui de Hombourg-Haut. Il s’investit à fond dans le premier, duquel émane la passion luthérienne mise en contraste avec son évocation contemplative. Il en fait ressortir le climat si particulier du courant Sturm und Drang du début, la force expressive et la gravité mystique  de son Allegro tranché et implacable, la vitalité confiante qui suit, la dévotion sereine d’un Andante apaisé, et la conviction inébranlable dans  la célébration finale d’une profession de foi portée à son triomphe, et selon une écriture mélodico-harmonique inscrite dans le style romantique germano-viennois de l’époque. 

ILS SE SONT DONNÉS CORPS ET AME….

Ensuite, le chef mit en exergue la musicalité qui détermine la nature esthétique du Requiem avec un sens parfait de la nuanciation opposant une extrême finesse au dynamisme spectaculaire d’un symphonisme français découlant volontiers de la flamboyance berliozienne. Il faut considérer que 44 ans séparent la composition de la première œuvre (1830) de la seconde (1874) et que Gouvy, tout en cultivant avec amour et foi son présent, regarde plus vers le passé que vers le futur, puisque d’aucuns ont considéré que l’évolution stylistique du dernier quart de siècle français qu’a contourné le compositeur était corruptive alors qu’elle procède de la marche évolutive de l’histoire de la musique. Or donc, Jacques Mercier s’est donné corps et âme dans cette œuvre, explosant sa gestique et sa mimique en direction des pupitres, mettant en exergue la lisibilité des cordes, la qualité sonore des vents dont les cuivres habilement insérés dans l’appareil orchestral, et soignant passionnément les pianissimos comme les fortissimos. Mais la contribution la plus émouvante, on la  trouvait sur les trois rangs de fond  du Chœur Gouvy. Ses 80 chanteurs mixtes se sont amoureusement imprégnés de l’œuvre, coulant leur douceur orante et projetant leur vibrante flamme. Il est rare d’entendre un ensemble vocal portant le nom de celui qu’il interprète, et qui fasse ainsi vibrer sa corde de sensibilité.

L’Introït est pénétré de cette atmosphère inspirée et recueillie préparant l’attente qui conduira à la monté  en puissance du bloc vocal suivi d’un Dies Irae aux récifs enflammés et majestueux, le Recordare entraînant le quatuor de solistes d’une très belle tenue et au pieux mélodisme: la soprano fine et pure, Valérie Condoluci, la mezzo Aline Martin, le ténor plus lyrique Avi Klemberg et la basse, un peu moins présente, Ugo Rabec. Tout au long des numéros, on retrouve quasi-systématiquement les thèmes, mélodiquement très variés mais à peu près tous « en escaliers », suivis de leur vastes crescendos aboutissant à leurs puissants sommets. Leur coloration, plus dans l’esprit français que dans la facture italienne qu’on avait pu cerner alors, est d’une grande délicatesse au Confutatis, comme à l’Offertoire, au recueillement liturgique, et se dirigeant peu à peu vers une symbolique paradisiaque, l’Agnus Dei final étant d’une sérénité contemplative. On trouvait à l’œuvre une carrure beethovénienne, qui se rapproche aujourd’hui de ce néo-classicisme hexagonal. La similitude entre les deux versions jouées à vingt ans d’intervalle ? Leur durée calée sur 60 minutes à quelques secondes près, par Jacques Houtmann comme par Jacques Mercier. Un Requiem qui vous fait chaud au cœur.                                             

 Georges MASSON