Le Requiem de Verdi

Requiem de Verdi : des pianissimi aux déluges sonores des chœurs

 

Les lectures du monument de Verdi sont bien différentes selon leurs interprètes. Requiem ou opéra (?) avait-on titré à la production de septembre 1997 dans la grande salle de l’Arsenal. Houtmann pilotait le vaisseau « Philharmonie de Lorraine » avec les fervents chœurs de l’ALAM et les quatre solistes peu homogènes qui s’étaient lancé dans une vision plutôt opératique de l’ouvrage. Ils ne sont pas les seuls quand on songe aux interprétations, de réputation parfois internationale, qui confondirent lyrisme et mysticisme. Pour clore en beauté la saison de l’O.N.L., Jacques Mercier avait adossé à l’orchestre, le torrentiel chœur de Reims et ses 90 chanteurs alignés sur quatre rangs de la tribune de fond, avec cette particularité de placer les voix féminines aux extrémités  des quatre rangées, les voix masculines étant concentrées au milieu, supérieures en nombre, ce qui amplifiait l’impact vocal. Une déferlante inouïe. Mais quelle phalange ! Bonjour les pupitres de cordes, hélas noyées dans le déluge, les cuivres (par quatre) étant eux, plutôt du côté des explosifs ténors et basses. Or, Jacques Mercier n’a pas joué « l’opéra en robe d’ecclésiastique » selon l’ironique Hans von Bulow, mais a su conjuguer une partition taillée à la serpe de Nabucco, coulée dans le dramatisme religieux respectant la liturgie catholique romaine que soutient l’architectonique musicale. Serait-il le chef christique du pilier verdien à l’image d’un Giulini qui l’était ? Ou un flamboyant disciple de Markevitch conjuguant la poignante intensité et les subtils contrastes ?

APOCALYPSE NOW ?

Mercier veille en tout cas, avec application et concentration, au bon équilibre entre la tentation de Verdi, -dont les airs de solistes, frôlent parfois le théâtre chanté-, et la dimension sacrée du propos. On retient son souffle dès le mystérieux et infinitésimal Introït, avant l’explosif Dies Irae au fil de ses dix séquences conduisant aux plus torrentielles ascensions du chœur Nicolas de Grigny de Jean-Marie Puissant. Ils traduisent, selon une vision tragico-romantique, une espèce de révolte, de rejet de la mort, les cuivres, éclatant au Tuba mirum ravageur et au Rex Tremendae, le massif choral confirmant la protestation apocalyptique avant le Sanctus plus respirable, avec ses solides croisements du double chœur fugué. Un must, sans doute, pour les jeunes oreilles découvrant l’œuvre. Disons qu’il est rare d’assister à une telle projection vocale sans faille à part quelque véniel décalage, et qui interpelle. La perception que peut en avoir l’auditeur spécialisé en est pour le moins sidérante. On y perd quand même de la linéarité grégorienne à la base des portées. Quelques plages de respiration cependant, dont le Lacrymosa bouclant la première partie et dont la soprane solo ne céda pas aux tentations miséricordieuses pas plus que larmoyantes hantant certains interprètes qui font sortir les mouchoirs. Mais c’était avant.

Quant au quatuor de solistes, on a préféré les féminines aux masculins : le ténor au timbre nasillard encore que bien placé, brouillait un peu l’audition, au départ surtout, la basse pas très engagée, étouffait légèrement ses fins de phrasés. Tandis que la soprane, limpide et d’une ligne de chant bien conduite, atteignit le pic de l’émotion au Libera me final. La mezzo fut à son égal niveau, très professionnelle elle aussi. La beauté sonore de leur duo à l’Agnus Dei est à relever. Timing : 1 heure 22 minutes. Il arrive que le Requiem soit plus long. Tempos plus larges sans doute. Double séance en tout cas dans un Arsenal bondé. Une belle fin de saison assurément.

Georges MASSON