L'ONL dirigé par S.Goetzel

O.N.L : jeune chef aux manettes, jeune trompettiste aux pistons

Arsenal - 28 septembre 2013

 

L’Autrichien Sascha Goetzel, le jeune chef invité pour la première fois sur l’estrade de l’Orchestre National de Lorraine, a capté derechef l’œil et l’oreille du public découvrant un phénomène de la baguette qui a une lecture à la fois apaisée et sereine mais lucide des œuvres qu’il dirigeait au dernier concert donné à l’Arsenal. Chamboulant la disposition habituelle des pupitres -à part les premiers violons-, il mit les seconds à sa droite, les cordes graves étant tracées en ligne sur son oblique gauche, déplaçant ainsi les montées sonores de l’ensemble. Rien de déboussolant. Mais il a surtout une approche clairement identifiée des œuvres au programme. De l’Ouverture du Freischütz, il traite au début et avec mystère, les pupitres de cordes, ombreuses et filées, avant de libérer habilement la magnificence conquérante de tout l’appareil orchestral. C’est sa gestique qui attire alors, dont l’envol elliptique rondement calculé est assez spectaculaire ; c’est la même souplesse physique que l’on retrouvera dans les mouvements vifs et francs du collier, de la Quatrième de Beethoven en seconde partie. Cependant, ce sont les deux Adagios de cette symphonie dont il assurera les nuances dans toute leur diaphanéité, sereines, poétiques, apaisantes, et dont le doux bucolisme rappelait nettement le style de la 6e, la célèbre Pastorale. On y trouvait en tout cas la griffe d’un chef à la musicalité fine, souple et réactive tout à la fois.

L’autre phénomène du jour, le trompettiste français Romain Leleu, digne successeur des champions du piston dont feu Maurice André, nous livre un des plus connus et joués concertos pour trompette avec celui de Haydn, celui de Johann Nepomuk Hummel, lequel découvrait alors, la nouvelle trompette à clé. On n’est plus bien sûr, dans le son de l’époque du compositeur où la trompette naturelle était encore utilisée et que l’on rencontre dans les ensembles baroques ou copie XIXe d’aujourd’hui. Net et sans bavure, le soliste en fait rouler les notes avec charme, virtuosité, précision horlogère, et cette insolente facilité. L’auditeur ne pouvait qu’en être ravi. Romain Leleu nous gratifia, en bis, du célèbre air d’Orphée de Gluck, transposé pour divers instruments et qui s’accommode assez bien de la trompette moderne. Ce qui lui valut en retour, les francs applaudissements partagés avec le chef, depuis la salle qui, c’est étonnant, n’était, cette fois, pas pleine à ras bords. Le samedi soir serait-il défavorable aux concerts ou la trompette n’intéresserait-elle pas tout le monde ?

Georges MASSON