« Impressions d’Espagne »

De l’espagnolisme à la française

1er décembre 2013

 

Bien des compositeurs français du second XIXe siècle avaient irrésistiblement basculé vers un orientalisme tout en paillettes et dont certains furent particulièrement vaccinés à l’ibérisme. La séance présentée à L’Arsenal par l’Orchestre national de Lorraine sous le label « Impressions d’Espagne », ressemblait aux incontournables concerts de fin d’année où la valse coule à gogo. L’Athénien Alexandre Myrat aux manettes, semblait être tombé dès l’enfance dans le bocal des espagnolades tant il en confiait ses souvenirs, avec humour parfois, tout en ciblant justement le caractère de chacune de ces danses desquelles le programme était nourri. On eut droit à la pétaradante España d’après Chabrier que Waldteufel, qui en avait appuyé le rythme et le caractère populaire, fut largement souligné par les pupitres. L’intérêt du parcours résidait cependant dans cette progression calculée de la façon dont les compositeurs explorèrent au fil d’une époque où les rythmes latinisants faisaient florès. L’exemple de Massenet était tout à fait significatif dans la mesure où les trois extraits du ballet de son Cid baigné d’une orchestration limpide, mettaient en exergue son délicat mélodisme, au tour exotique bien peaufiné, et qu’il est toujours intéressant d’écouter en concert, car, de la fosse d’opéra, son charme apparait moins puisque l’œil est polarisé sur les ballerines et les danseurs sur scène.

DEUX CERISES SUR LE GÂTEAU

Vint alors la régalade du jour où Denis Clavier jouant les fil-de-féristes à quatre cordes, broda la délicieuse dentelle sonore qu’est la Havanaise de Saint-Saëns. Là aussi, on mesurait toute l’habileté harmonique que dévorèrent les plumes hexagonales et qu’ont restitué les grands archets dont celui du super soliste de l’O.N.L. Tout de pudeur, de finesse et de retenue, ses phases éthérées et ses exploits funambulesques mirent les bras debout. La salle fut tout aussi conquise par la Habanera (sœur jumelle de la Havanaise) de Lalo (un des mouvements casse-cou de sa Symphonie espagnole), tout en caresses, et annonçant les traits véloces qui s’en échappaient. Denis Clavier y ajouta son « bis » au doux parfum, puisé lui, chez l’Andalou de Cadix, Manuel de Falla, là aussi doté d’une interprétation diaphane et rêveuse.

Franchissant le siècle, la Valencia extraite des Escales d’un Jacques Ibert livrant ses impressions de voyage, fut traduite selon son orchestration fouillée, peinte à fresques, plus sombre, loin des bagatelles de la porte. Vint, in fine, le redéploiement de l’Alborada del gracioso de Ravel (dont les pianistes souvent se délectent) et qui a pris des couleurs dans son orchestration de 1919 qui la rend plus incisive, fantomatique et mystérieuse. Alexandre Myrat eut, en tout cas, un fameux feeling en parcourant l’Ibère, les pupitres l’ayant suivi du nord au sud.

 

Georges MASSON