De Wagner à Richard Strauss

 Le vendredi 13 de l’ O.N.L. : Bien joué, Jacques Mercier !

Arsenal – 13 septembre 2013

 

Les vendredis 13 jonglent toujours entre pile ou face. Pour l’O.N.L., ce ne fut pas le bon jour. Il s’est fait piéger ! Pourquoi le concert d’ouverture ne fut-il pas ce qu’il aurait dû être ? Pour une fois qu’au menu figurait le superbe et redoutable poème symphonique de Richard Strauss, Une Vie de héros (45 mn.), jamais joué à Metz, voilà que l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, avec lequel était conçu le programme initial, lui a fait faux bond. Pusillanimité ? Querelle de pupitres ? Regrettable. Avec justice et philosophie, Jacques Mercier a abondé son orchestre de supplémentaires et remplacé le héros par un roi assassiné. Ce fut Macbeth, du même Richard Strauss. Bien joué ! Pourtant, les deux formations avaient, il n’y a pas si longtemps, cosigné des concerts. Or, on se souvient qu’un jour de juin 1981, les politiques avaient claironné : « Metz et Nancy enfin unis grâce à la musique ! ». Un leurre ? Les accordailles eurent bien lieu et les deux ensembles jouèrent à l’unisson. Un grand Mahler, sa  Symphonie n°2, grouillait dans la corbeille de la mariée. Mais déjà, la suspicion planait quant à l’avenir de cette union factice. Oiseau de mauvais augure ? Voila qu’en ce vendredi 13, l’Adagio de la Symphonie n°10 de Mahler était inclus dans la soirée ! Pour l’instant, le divorce se profile sous le palimpseste des négociations. Les spécialistes avaient toujours prévu que la fusion ne pourrait jamais se faire. Maintenant c’est la cohabitation qui est mise à mal. Et l’on peut se poser la question de savoir si Lordculture va continuer à grimper ainsi ce rocher de Sisyphe qu’est le pôle symphonique et lyrique.

COUPS DE POIGNARDS SHAKESPEARIENS…

Mais revenons à la musique puisque, soi-disant, elle adoucit les mœurs. D’entrée, Jacques Mercier alla nettement à la charge dans cette conquérante Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner, dont on en préféra l’exécution donnée en « bis », à la fin de concert, les pupitres ayant mieux calé leurs selles. Contraste pacifiant avec les Six Pièces pour Orchestre de ce minimaliste, maître de la petite forme, Anton Webern. Considérés, selon notre écoute, comme un grand prisme sonore, les pupitres appelaient toute la concentration de la salle, appréhendant avec sérénité et précision, le substrat de cette vision faisant parler les timbres de chaque palette instrumentale, les pianissimos étant suivis de silences prenants, inclus dans cette nouvelle poétique. Bien vu. À l’Adagio de la 10e mahlérienne de 1910, dont la restitution est particulièrement délicate, le chef n’a pas exploité le poignant dolorisme qu’exprimait le compositeur aux portes de la mort. Il en eut une approche mixée mettant en avant la touche de modernité quelque peu anticipatoire de la polytonalité voire du dodécaphonisme à venir. Après les délicieuses caresses du Siegfried Idyll, le coup de massue « macbethien » pointa les cuivres partant à nouveau à la charge, leur timbre plutôt criard ajoutant à la belliquosité de ce poème symphonique d’un Richard Strauss laissant les traces d’un tissu liszto-brucknéro-wagnérien et contenant tous les poignards de la tragédie shakespearienne. À suivre…

Georges MASSON