Concertos de Mozart

Les divins concerti de Wolfgang-Amadeus…

26 janvier 2014

 

Pleine à ras bords, la Salle de l’Esplanade de l’Arsenal était, à l’évidence, trop petite, alors que la grande eut fait les délices de la multitude. Dommage. C’était au dernier concert de l’Orchestre national de Lorraine. Il y donnait, en petite formation (à 40) mais en grande forme, un délectable programme selon deux schémas similaires, les deux concerti étant précédés chacun d’une ouverture et suivis d’un bis. Une véritable Invitation au voyage

Dans la corbeille dominicale, (une géométrie sonore ciblée autour du divin Wolfgang-Amadeus), Jacques Mercier avait peaufiné son envolée vers les Noces de Figaro, vigoureuses, vibrionnantes, aux dessins denteliers, puis vers son Cosi fan Tutte, d’une semblable impétuosité. Après les deux hors-d’œuvre, leur plat du jour. Ce fut d’abord le Concerto KV 218 pour violon, que le supersoliste Denis Clavier joua avec naturel et dans toute sa diaphanéité, les sons filés et caressants voyageant de la corde mi, en toute nitescence, à la corde sol, veloutée, onctueuse, sur son fameux Gennaro Gagliano de 1749. Avec une cadence largement développée au premier mouvement, plus courte au Rondeau final. On baignait dans une espèce de bonheur céleste. Son bis était inhabituel, qui découlait, en toute cohérence, de l’ouverture initiale : l’adaptation pour violon seul qu’il avait lui-même réalisée, de l’air de Barberine du début du IVe acte, des Noces de Figaro : L’ho perduta…me meschinal.

SECOND PLAT SONORE AU MENU

Second plat, double cette fois : le Concerto pour flûte et harpe KV299, si rarement joué aujourd’hui, alors que jadis les Jean-Pierre Rampal et Lily Laskine, entre autres, les popularisèrent tant et plus, en concert comme au disque. Les reines du jour furent les deux solistes de l’O.N.L. : la flûtiste Claire Le Boulanger et la harpiste Manon Louis. La délicatesse et la fraîcheur leur sont communes, leur style d’une parfaite équanimité. La première, d’une onctuosité toute aérienne, aux cadences vaporeuses, croisait le fil arachnéen de la seconde, aux doigts graciles caressant les cordes, selon un déroulé naturel et serein. Elles avaient développé, en jumelles, leurs charmeuses blandices et gagné le cœur des fins mélomanes. Elles ne purent mieux choisir le bis ardemment réclamé par le public que le duo adapté à leurs deux instruments et extrait de l’opéra de Gluck, Orphée et Euridice, la célèbre Danse des esprits bienheureux. Ce fut la cerise sur le gâteau.

Oui, tout ne fut, à ce concert, qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, pour plagier notre cher Baudelaire. Et, pour les oreilles sensibles, c’était le Carpe Diem à tous. Ah, Mozart, quand tu nous tiens !

 

Georges MASSON