Bernstein par l'ONL

Léonard Bernstein, allumeur de flambeaux sonores à vriller les tympans !!

 

Comme une anticipation de l’année de la mort de Léonard Bernstein il y aura vingt-cinq ans l’an prochain, l’Orchestre National de Lorraine lui a consacré pour la première fois un concert entier de ses œuvres les plus en vue. On sait que son style, éclectique et communicatif mariant classique et populaire, mêlant jazz et thèmes juifs, n’est pas celui des avant-gardistes contemporains, bien que ses portées penchent vers Aaron Copland, Stravinsky et Gershwin bien évidemment. S’il a flirté dans sa jeunesse avec le dodécaphonisme il s’est amarré sans complexe au pivot de la tonalité néo-classique d’après-guerre. Avec quelle vie et quelle ardeur ! L’immanquable Candide brilla en ouverture de tous ses éclats sous la direction du chef américain Tito Muñoz, et c’est bien la première fois à Metz que l’on jouait à l’Arsenal plein comme un œuf, sa Sérénade pour violon et orchestre d’après « Le Banquet » de Platon. 

Atypique, l’œuvre n’a pas l’esprit d’un concerto bien qu’elle en ait la structure, ni celui d’une pièce à programme bien qu’elle s’appuie sur l’expression des sentiments en l’occurrence ceux que dégagent les lectures platoniciennes, Bernstein traduisant en musique les conversations des philosophes grecs évoquant leurs délices et leurs maux d’amour. La violoniste étatsunienne Jennifer Koh en aborde les grandes lignes avec droiture et clarté, respectant les formules narratives dans leur sensibilité diverse mais aussi dans leur jouissance onirique. Sa Phèdre débute par un fugato solitaire et son Pausanius s’y glisse selon une forme de dialogue amour-amant. Son Aristophane n’évoque pas le comique du personnage mais en fait le conteur d’une mythologie idyllique, la violoniste y coulant une expression plus langoureuse. Quant arrive Eryximaque, l’archet s’envole en un scherzo rapide et fugué mixant mystère et humour, avec sa touche de virtuosité. La soliste abordera Agathon comme un discours attachant, voire poignant sur un Adagio mélodique incomplexe, tandis que son Socrate évoquait plutôt la démonologie de l’amour qu’elle traduit en une large introduction, au lyrisme ouaté, berceur, quasiment intemporel. Elle a l’art des contrastes. Passant du méditatif au rêveur, elle se lance, dans l’Alcibiade comme dans un rondeau agité sur un rythme de gigue syncopée. Solide tenue. En « bis », elle joua l’Allemande de la 2e Partita en ré mineur BW 1004 de Bach, avec simplicité et une agilité tout aérienne.

CUIVRES EXPLOSIFS

Ce n’est qu’en seconde partie que l’orchestre s’éclata comme un Big band en surmultiplié. Le Divertimento ouvrit la cage aux fanfares explosives, alternant les danses aux rythmes accidentés et aux spectaculaires rodomontades musicales faisant place aux douceurs mélodiques, baignant dans les vapeurs de blues avec quelques clins d’œil aux petites parodies avant que les bruyantes torches sonores à brûler les tympans embrasent la salle. Mais ce sont les fameuses Danses symphoniques de West Side Story qui remportèrent le jackpot. Pêtant la forme, tous les pupitres envoyèrent au public leurs stimulants coups de fouets musicaux, le chef privilégiant l’aspect spectaculaire et agressif de la tragique histoire où TonyetMaria sont les Roméo et Juliette. On est vite dans le bain au Prologue amphibologique où les doigts claquent et où la ligne de fracture gronde sur fond de rythmes de jazz. Si le Somewhere est plus réconciliant, les luttes claniques reprennent au Scherzo. Les percussions (un rang de six) mettent alors la gomme avant d’arriver au pic, le Mambo faisant vibrer les aficionados. Le Cha-Cha-Cha mit les bras debout, mais le Rumble (la rixe) n’entraîna pas de morts ! Et le prenant final souffla les brises de l’émotion. Rassurez-vous, les fauteuils n’ont pas été lacérés.

 

Georges MASSON