Autour de Fanny Clamagirand

De la lumineuse virtuosité d’une violoniste française

Arsenal 23 mai 2014

 

Fanny Clamagirand. Retenez ce nom. Darrel Ang. Ne l’oubliez pas non plus. Ils  furent les deux piliers du dernier concert de l’Orchestre National de Lorraine. La première est une violoniste française de 30 ans, le second, un chef d’orchestre singapourien de 36...

Un sang neuf  semblait couler dans les veines des pupitres toujours au top niveau et peaufinés pour l’heure, par la gestique rigoureuse, géométrique, de l’invité du jour qui ne souffre pas la moindre imperfection des musiciens qu’il dirige, leur qualité sonore étant d’une rare diaphanéité. L’heureuse surprise résidait dans l’interprétation du Concerto pour violon de Sibélius que la soliste amorça comme une levée d’aurore boréale sur le fil mystérieux de l’archet. Elle façonna ensuite sa ligne mélodique dévoilant la beauté sonore de son précieux Goffriller de 1700, en dégageant sa féminité tout en délicatesse rappelant celle de Sophie Mutter, ainsi qu’une habileté naturelle et une minutie du détail. Mais surtout, sa prodigieuse aisance technique, la virtuosité lumineuse de bout en bout de ses deux mouvements vifs, semblaient d’une facilité confondante pour ne pas dire un jeu d’enfant. De plus, Fanny Clamagirand ne recherche pas du tout le panache, ni ne creuse la note, et son style, qui n’atteint pourtant pas la profondeur de certaines interprétations, sait créer le climat rare et fascinant d’une vaste rêverie, atmosphère scandinave à la clé. Tandis que le chef développa les séquences orchestrales selon une dimension symphonique équilibrée, et bien qu’il eut tendance à lâcher les loups dévoreurs, il veilla, heureusement, à laisser le champ libre aux traits de la soliste. L’assistance ne put qu’en être fascinée qui réclama, à bravos répétés, un second bis, mais dut se contenter de l’Andante de la 3e Sonate en la mineur pour violon seul de J.-S. Bach, qu’elle joua dans l’esprit d’une invocation recueillie.

COMME UN DÉLUGE DE NOTES

En hors-d’œuvre du programme, l’Ouverture du Roi d’Ys d’Edouard Lalo, dont la solide interprétation révélait le haut niveau du chef (lauréat du concours Besançon en 2007), avait précédé le concerto, la seconde partie du programme s’ouvrant à nouveau sur Sibélius avec Le Cygne de Tuonela. C’est la seconde des Quatre Légendes tirées de Lemminkaïnen, -ce cycle mythique finlandais qui avait été révélé pour la première fois à Metz dans son intégralité par Jacques Mercier- qui est le plus joué car toujours apprécié par l’auditeur pour son prenant solo de cor anglais. Il précédait, en apothéose, le poème symphonique assez peu programmé de Tchaïkovski, Francesca da Rimini. On ne peut qu’en souligner la restitution mettant en exergue la remarquable clarté d’orchestre. Du sombre andante aux tempétueux allegros, l’ouvrage, inspiré du second Cercle de L’Enfer de Dante, fut déployé à la mesure d’un véritable déluge de notes, différemment ondoyantes, (bravo les cordes !), et laissant libre cours aux fanfares de cuivres, impressionnantes, jusqu’à l’impitoyable tempête sonore qui emportera Paolo et Francesca, les amants maudits, au supplice.

Georges MASSON