Aller-retour pour Atlanta

Atlanta : les nouveaux codes du minimalisme et de la répétitivité

15 février 2014

 

Sous l’enseigne, « Un Aller-retour pour Atlanta » rappelant la virée que les musiciens de l’O.N.L. firent, en novembre dernier, dans la ville de Géorgie jumelée à Metz depuis plusieurs décennies, le concert qu’ils y avaient donné était au programme de leur dernière prestation à L’Arsenal. Or, on assistait à un autre retour, celui de la répétitivité et du minimalisme de quelques compositeurs américains qui firent la joie auriculaire des fanas de la contemporaine il y a quarante ans, de Phil Glass à Terry Riley, de Steve Reich à John Cage.

Devant un public d’un consensualisme étonnant, les œuvres jouées coulaient comme d’agréables élixirs rythmés à petites et moyennes doses et à cadence régulière. On s’étonna tout de même de la brièveté de la première, Graph Theory,(2005) une création française de Jason Freeman pour violon seul, en six minutes, d’une exploration tout de même limitée entre les « sol » à vide et les petits chatouillements de la chanterelle, et n’allant guère au-delà d’une Étude scolaire sauf qu’elle était reliée à un site web interactif. Puis l’avant-première de Cycles  (2013) de Daniel Wohl, permit de découvrir l’Ensemble Sonic Generator d’Atlanta qui, en format septuor, s’inspirait des allitérations sonores des générations précédentes, malgré ses approches minutieuses, en phases courtes, ses intrications complexes, ses sonorités brouillées, mélange de jeu acoustique et électronique, à la recherche de timbres rares ou raréfiés. Guère plus longue que la courte première, la pièce appelait peut-être une suite… qui n’est pas arrivée. Après ces technologies musicales de Georgia Tech, on retrouvait l’Argentin Martin Matalon qui fut en résidence à Metz en 2003, et dont neuf musiciens de l’O. N. L. jouèrent ses Sept vies d’un chat, une pièce imitative, très colorée, avec amplificateur de sons, un peu dans la foulée d’un Kagel, avec ses petites échappées espiègles et à peine agressives.

NEW-YORK LE SOIR AU FOND DES RUES

Toutes ces œuvres étaient bien évidemment rythmées en syncopes jazzifiées, leur tempo étant souvent uniforme, et rappelaient par endroit les bons vieux boogie-woogie d’antan. Quand arriva City Life de Steve Reich qui avait été donné en première mondiale en ce même Arsenal (7 mars 1995), on était prêt à allumer les bougies tant on ne reconnaissait plus l’œuvre qui avait alors été jouée avec éclat par l’Intercontemporain dirigé par David Robertson, en présence du compositeur. Sa lecture par Jacques Mercier, bien que rigoureusement calée dans l’esprit d’un ensemble de chambre (à 17), ne reflétait plus ce reportage sonore sur New-York avec ses bruits de ville au quotidien, des klaxons aux alarmes et aux alertes de pompiers, d’autant plus que l’interaction entre orchestre et composition électroacoustique était inexistante. Par contre, Jacques Mercier mit la gomme sur le concerto de piano Century Rolls (1996) de John Adams, pratiquement jamais joué sur notre continent. Le compositeur avait sonorisé une recomposition mécanique du pianola à rouleaux des années 1920, métamorphosée en partition aux effluves gershwiniennes et à la rythmique brashly (insolente). Tout l’orchestre avait préparé avec une grande minutie cette partition avec le soliste Sébastien Koch, et dont la coupe générale rappelait la forme sonate. Nickel. Les pupitres et leurs syncopes hoquetantes surfèrent d’abord sur le pianiste qui déroula ensuite en chapelet sa rythmique bien articulée. La relative simplicité du II (Gym Manny) suscita cette jouissance éthérée et très zen, hors de toute pensée profonde. Après cette euphorisante calinophonie, le III (Hail Bop) , semblait courir aux chausses du soliste, avant que les hachés menus de la battue s’aggravèrent avec les coups de serpe des cuivres, les lancinantes syncopes bouclant l’aventure. Ce fut (permettez le jeu de mots) la Rolls Royce de la soirée !

 

Georges MASSON