Verdi fêté à Montigny-lès-Metz

VERDI honoré à Montigny-lès-Metz

verdi-celebre-en-musique-bis.jpgCliché Le Républicain Lorrain

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Giuseppe Verdi, la ville de Montigny-lès-Metz, en partenariat avec le Consulat Général d’Italie et la Société Dante Alighieri, proposait un concert lyrique qui s’est déroulé le vendredi 20 septembre 2013 à l’Espace Europa-Courcelles. Il fut exemplaire à plus d’un titre.

L’entrée libre le destinait à un large public et il fut d’abord caractérisé par un évident souci pédagogique de la part de ses organisateurs. Ainsi, dans une première allocution, Monique Sary, Maire-Adjointe déléguée la Culture, sut en quelques phrases situer Verdi dans son contexte et croiser les éléments de sa biographie avec celle de Richard Wagner, son exact contemporain. Madame le Consul général d’Italie à Metz insista, quant à elle, sur tout ce que Verdi représente pour les Italiens comme héros exemplaire du Risorgimento, rappelant au passage que le « Va pensiero » de Nabucco est considéré par ses compatriotes comme un second hymne national. Enfin, le Maire, Jean-Luc Bohl, Président de la Communauté d’Agglomérations, eut à cœur de situer cet événement dans une perspective européenne, au moment où Metz et la Moselle commémorent le 50e anniversaire de la disparition de Robert Schuman. Après avoir rappelé les liens de Wagner avec l’Italie et, en particulier avec Venise, le Maire de Montigny rappela, à juste titre que la salle Europa, dans laquelle se déroulait ce concert, fut inauguré, en 1966, en présence de l’ancien Chancelier fédéral allemand Konrad Adenauer.

La direction artistique était assurée par l’EMARI (École de musique à rayonnement intercommunal de Montigny-Sablon), dont le but affiché est « de faire aimer la Musique ». Les solistes, le chœur de femmes Cantare, le chœur d’hommes Fidélio, sous la direction d’Agnès Hoefler et Odette Rémy offrirent un programme fondé, en première partie, sur les grands « tubes » de Rigoletto, de La Traviata, très exigeants du point de vue vocal, mais aussi sur des pages moins connues d’Attila ou de Macbeth. C’est dire que le programme n’avait pas choisi spécialement la facilité. Il comprenait également un hommage à l’autre bicentenaire de l’année, Richard Wagner, dont on entendit, en français, le Chœur des pèlerins, extrait de son Tannhauser. La seconde partie était consacrée à des pages du Trouvère, habilement choisies pour comprendre cette sombre histoire, d’autant plus qu’il s’agissait de la version française, revue spécialement par Verdi pour l’Opéra de Paris. Ici, l’intérêt était aussi d’ordre musicologique car la scène finale est modifiée par rapport à la version originale avec sa reprise du poignant Miserere. Le concert s’acheva sur le célébrissime Va pensiero, repris en bis pour le plus grand plaisir des spectateurs qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements aux interprètes. On ne saurait oublier l’excellent accompagnement au piano de Jean-Pierre Aniorte, récent retraité du Théâtre-Opéra de Metz où il fut pendant trente ans, un remarquable chef des chœurs et, pour certaines productions, chef d’orchestre.

Il n’est évidemment pas question de jauger ce concert à l’aune de ceux offerts par des professionnels, ce qui loin d’en nier l’intérêt en rehausse au contraire le prix : il permet à des amateurs de qualité de communiquer au public leur ferveur pour le répertoire lyrique et de lui rappeler combien l’opéra, dans son essence, est populaire, au sens le plus noble du terme : le chant prend ses racines dans la culture d’un peuple -c’est particulièrement sensible avec Verdi qui fut un acteur de la vie politique de son pays- mais aussi dans l’âme de chacun des spectateurs. En effet, le chant - en latin, carmen signifie charme au sens magique du terme- se fonde sur le souffle, pneuma, en grec, mot qui désignait aussi un esprit aérien à l’origine de la vie, voire l’Esprit-Saint pour les premiers Chrétiens. C’est dire l’importance du chant, expression vitale individuelle mais aussi créateur de lien social dans sa pratique. Autrement dit, il a une fonction politique, au sens où il joue un rôle dans la vie de la Cité.

C’est tout à l’honneur des édiles d’une ville de ne pas s’occuper seulement de problèmes matériels -ce pour quoi ils sont élus, bien sûr-, mais de songer aussi à nourrir l’esprit et le cœur de leurs administrés en leur donnant accès à la culture de la façon la plus simple et sans la moindre démagogie.

Alors plus que jamais, comme les Italiens d’hier, disons-le bien fort : « Viva Verdi ! »

Danielle Pister, Cercle lyrique de Metz


Nabucco, « Va pensiero » sous la direction de Giuseppe Sinopoli