La Sainte Russie à Montigny

Festival des Voix sacrées – 20 mars-26 avril 2014

« Voix de l’Âme russe » à Saint-Joseph de Montigny-lès-Metz

(24 avril 2014)

 

Dans le cadre de la 10e édition du Festival des Voix sacrées dont le but, rappelle sa présidente Laurence Aisène, est de mettre « en harmonie les voix juive, chrétienne et musulmane », la soirée du 24 avril était consacrée aux « Voix de l’Âme Russe ».

Le récital du Chœur Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg, en l’église Saint-Joseph de Montigny-lès-Metz, était consacré à des chants liturgiques orthodoxes de la Semaine Sainte et de Pâques, complétés, en seconde partie, par des chants populaires de Russie. L’originalité de cette formation, fondée en 1967, est d’être composée non pas de basses profondes, comme l’Occident l’imagine s’agissant de « chœurs russes », mais de jeunes étudiantes, de 14 à 22 ans, de la classe de chef de chœur du Collège Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg. Ce sont donc des musiciennes accomplies, aux voix fraîches, puissantes, tour à tour émouvantes ou joyeuses, sous la direction attentive de leur chef de chœur et compositeur, Serguey Ekimov, qui intervient lui-même, parfois brièvement, comme soliste dans certains chants.

Le programme était particulièrement bienvenu peu de jours après les fêtes pascales qui tombaient, cette année, à la même date pour les trois confessions chrétiennes et suivaient de près celle de la Pâque juive. Le répertoire choisi faisait appel à différents compositeurs du XIXe siècle, peu connus en Occident en dehors de Moussorgski, exceptées quatre pièces empruntées à une Suite de Pâques du XVIIe siècle. Aucun disparate dans ces différents psaumes, cantiques et hymnes, d’une inspiration spirituelle élevée quoique d’une approche immédiate et d’une grandeur toujours émouvante. L’audition était d’autant plus prenante qu’il était difficile d’oublier que cette musique prend sa source à Kiev, berceau de l’Orthodoxie au cœur de la « Petite Russie » médiévale et, depuis peu, au centre du conflit que l’on sait. Comme quoi l’union n’est jamais loin de la division. Pour les auditeurs catholiques, il était douloureux de mesurer, en comparaison, l’appauvrissement musical de la liturgie en vigueur dans l’Église de France depuis que celle-ci a renoncé à faire fructifier une tradition riche d’une irremplaçable expérience, humaine et religieuse, millénaire. Seule l’écoute d’autres traditions permet d’en retrouver un écho.

La seconde partie, consacrée à des chants populaires et traditionnels, loin de tous ceux qui ont été diffusés en Occident, révélait une grande qualité mélodique. On retiendra en particulier le chant nostalgique de « La cloche sonne, monotone » porté par la très belle voix de Daria Prokoudia. Mais il serait injuste d’oublier de citer Victoria Belova et Elizaveta Mazanova, en solistes ou en duo. Le bis final permit au public de se retrouver en terrain connu avec Podmoskovnyie vetchera, le fameux « Temps du muguet », parfaitement de saison.

Il faut féliciter les  animateurs du Festival des Voix sacrées d’avoir programmé un concert d’une telle qualité…et remercier la Municipalité de Montigny-lès-car le cadre et l’acoustique de Saint-Joseph se prêtaient particulièrement à l’épanouissement de cette musique chorale d’un tel niveau.

Danielle Pister