Dix ans de Voix sacrées

Dix ans de voix sacrées, dix ans de chants unificateurs…

 

Depuis une décennie, Laurence Aisène tient haut le flambeau des Voix Sacrées de Metz, mettant au diapason les chants chrétiens, juifs et musulmans, et poursuivant avec pugnacité cet objectif opposant l’ignorance et les préjugés à la force de la connaissance qui passe par un dialogue fédérateur. Outre les lectures, conférences et l’exposition, le fidèle public était aussi du voyage spirituel et musical de quelque huit concerts donnés sur un mois dans le triangle Metz-Montigny-Longeville.

RÉTROSPECTIVE

Le périple débuta à St-Pierre-aux-Nonnains où Fawzy-Al-Aiedy réveilla la mémoire des Chants sacrés d’Orient, dont il poursuivit la quête au fil de ses compositions, de la sérénité à la spiritualité, en résonance ouverte aux lueurs d’espérance. Trois jours plus tard, la synagogue de Metz accueillait l’octet instrumental Sirba plongeant au cœur de l’âme yiddish et tzigane dont les frissons de virtuosité et d’émotion accompagnaient l’errance d’un peuple renaissant, avec ses flux jubilatoires et autres trépidations délicieuses. La semaine suivante, Saint-Maximin, à l’acoustique idéale, accueillait le jeune Ensemble Vox Luminis pour le Stabat Mater de Scarlatti, dans sa distribution à dix voix soit dix solistes, d’une œuvre en dix parties. Bienvenue pour les dix ans du Festival ! Comme une sorte de puzzle vocal, on en goûta le mélisme des voix tendues, dont la fraîcheur angélique se mariait à leur apaisante ferveur.

DE GRANDS MOMENTS VOCAUX

Un autre grand moment, en l’église de Queuleu, fut le Requiem de Duruflé qui avait réuni les chœurs du Conservatoire dirigés par Annick Hoerner, l’œuvre étant jouée dans sa version pour orgue, baryton et violoncelle. Outre sa délicatesse contrapuntique et sa spiritualité jubilatoire, la note sensible du compositeur apparut dans chacune des neuf parties du Requiem jusqu’à l’harmonie céleste de son In Paradisium. Basés également sur le matériau thématique issu du grégorien, les quatre motets de Duruflé respectaient, avec leurs polyphonies, le même esprit du plain-chant. Le jour suivant, le public assista à un dialogue assez particulier entre orgue (Philippe Delacour) et piano (Béatrice Rauchs), jouant en alternance, au Temple Neuf, et en coproduction avec Chemin d’Art et de Foi. En ouverture, l’organiste avait joué le Wachet auf de Bach, avant que la pianiste en reprenne la transcription romantique qu’en avait réalisée Busoni. On attendait Béatrice Rauchs dans les deux Légendes de Liszt (Saint François d’Assises et Saint François de Paul), puis en contraste, l’organiste dans la transcription par Liszt des Variations de Bach.

Le Festival se poursuivit à St-Symphorien avec les Musiques d’Abraham, vocalement illustrées par les chants des trois religions du Livre, croisant l’allemand, l’hébreu, l’araméen et l’arabe, et ciblées sur des œuvres de la communauté juive portugaise d’Amsterdam, dont la Cantate pour la fête de Simhat Torah d’un Cacerès relevant du baroque tardif fut chantée dans sa vigoureuse allégresse, et les Louanges au Messie de son contemporain Lidarti. Puis à Saint-Joseph de Montigny, le chœur russe de Saint-Pétersbourg composé de voix féminines séduisit par sa projection tout en fraîcheur et en vibrante émotion. En clôture du Festival, l’oratorio Jonas de Bernard Lienhardt, œuvre tonale très accessible à l’oreille, regroupait, en apothéose, 120 choristes dirigés par Christophe Bergossi. Pour conclure, les séances ont accueilli un public très dense, intéressé par l’expo. Photos aux Trinitaires et surtout par les huit prestations chantées très contrastées, la programmation illustrant la volonté du Festival placé sous le signe de la paix, de s’engager sur la voie de la tolérance, de la rencontre et de l’harmonie entre les voix des trois religions mises en lumière.

Georges MASSON