De la critique musicale

De la critique musicale.

 

Dans le cadre du Festival Littérature & Journalisme 2014, qui s’est tenu du 10 au 13 avril à Metz, une table ronde organisée, le dimanche 13, de 10H à 11H dans la salle Claude Lefebvre de l’Arsenal, proposait une réflexion sur l’« État critique en musique ». Ce titre, en forme de jeu de mots, invitait à une réflexion sur la situation actuelle de la critique musicale dans les médias français. Étaient réunis à cette occasion notre ami Georges Masson, président d’honneur du CLM dont nous lisons, depuis plus d’un demi-siècle, les excellentes chroniques dans le Républicain Lorrain, son confrère Richard Bance, animant ici la discussion, ainsi que Claude Samuel, bien connu des auditeurs de France-Musique et des lecteurs de Diapason. Georges Masson et Richard Bance sont les co-auteurs du très bel ouvrage, Arsenal, 25 ans de stars, publié chez Domini en cette année 2014 qui marque le 25ème anniversaire de la salle de concert, une des plus belles d’Europe, dont Metz peut s’enorgueillir.

Jean-François Ramon, Directeur de l’Arsenal, a d’emblée situé le débat au niveau conceptuel : naguère, le terme de « musique » désignait le répertoire classique, alors qu’aujourd’hui il renvoie à ce qu’on appelait autrefois « variété » ou, aujourd’hui, « musiques nouvelles ». Ce glissement sémantique s’accompagne d’une diminution significative des publications consacrées à la vie musicale et à la critique de disques. Dès 1962, sombrait la mythique Revue Disques, fondée en 1947 par Armand Panigel. Naquirent ensuite, puis disparurent, Harmonie, Le Monde de la musique, Répertoire et ne subsistent, aujourd’hui, que Diapason, Classica et Opéra International. Quant à la place de la musique dans les médias généralistes, presse écrite, radio et télévision, elle s’amenuise comme une peau de chagrin. Claude Samuel était particulièrement bien placé pour éclairer ce problème, fort de sa longue expérience : producteur délégué à Radio France (1959-1997), collaborateur régulier de multiples organes de presse, naguère, Paris-Presse-L’Intransigeant, Le Matin de Paris, plus récemment, L’Express, Le Point, aujourd’hui, Diapason, il fonda les concours Messiaen et Rostropovitch. Il anima l’Association Acanthes, dont les concerts de musique contemporaine furent programmés à l’Arsenal jusqu’en 2011.

Au cours de ce débat, il dressa le portrait du critique musical idéal, celui d’un journaliste possédant une formation musicale solide, ce qui était le cas de nos trois orateurs. La relation des concerts et autres événements musicaux doit s’appuyer sur une écriture efficace et de qualité pour inciter le lecteur aux plaisirs de la découverte. Mais le talent reste impuissant s’il ne rencontre pas l’appui d’un patron de presse mélomane, décidé à défendre l’existence de telles rubriques. Cette remarque particulièrement pertinente permit à Georges Masson d’enchainer en rendant un hommage particulièrement justifié à Marguerite Puhl-Demange qui ouvrit toujours largement les colonnes du Républicain Lorrain à la musique, et à toute forme d’activités culturelles, tant qu’elle fut la directrice de ce grand quotidien régional. Richard Bance rappela le cas surprenant de L’Équipe qui comporta longtemps une rubrique musicale : son directeur était assidu aux concerts ! Seuls quelques quotidiens nationaux et hebdomadaires assurent encore une rubrique plus ou moins régulière dans ce domaine. Le Républicain Lorrain, grâce au travail remarquable de Georges Masson depuis 55 ans, épaulé pendant une quarantaine d’années par Richard Bance, constitue une exception dans la presse régionale, d’autant plus précieuse qu’on ignore si elle pourra perdurer. En effet, les journaux obéissent de plus en plus à une logique financière, oubliant leur fonction prescriptive, sinon pédagogique. Or, la musique classique ne concerne qu’une faible partie de leur lectorat. Claude Samuel rappela qu’il est illusoire de croire que ce répertoire puisse concerner le « grand public » et dénonça l’effet désastreux sur les téléspectateurs des émissions de télévision qui mêlent grands artistes et présentateurs totalement incultes. Ce qui n’incite pas les décideurs français, donc les organismes de tutelle, à défendre la culture au sens noble du terme. Au nom de la démocratie et de la rentabilité ne retourne-t-on pas vers une forme de barbarie ?

Dans l’’échange avec le public qui suivit, on a insisté sur la reconnaissance que les Messins doivent à Georges Masson pour le travail qu’il mène depuis si longtemps et qu’il poursuit toujours avec la même passion. Le critique n’est rien moins que l’incarnation de la mémoire musicale de notre cité : il serait souhaitable que ses articles, toujours rédigés dans une très belle langue, puissent être réunis dans un ouvrage qui les rendrait accessibles à tous.

Un débat particulièrement riche et remarquablement pertinent, grâce à la qualité des intervenants.

Danielle Pister