Christiane Stutzmann honnorée

Notre amie Christiane Stutzmann

Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

 

Cs 03

 

Le 5 juillet 2014, dans les salons de la Préfecture, Christiane Stutzmann a reçu les insignes d’Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, des mains de Raphaël Bartolt, Préfet de la Meurthe-et-Moselle, au nom de la Ministre de la Culture et de la Communication.

Le Préfet a rappelé la carrière remarquable de la cantatrice. Après une formation musicale au Conservatoire de Nancy couronnée par deux premiers prix d’excellence de chant et d’Art lyrique, Christiane Stutzmann poursuit sa formation au Conservatoire National Supérieur de Paris, dans la classe de Jean Giraudeau. Une année lui suffit pour remporter, en 1961, le premier prix de chant. Elle entame alors sa carrière sur toutes les grandes scènes françaises où elle assumera 54 rôles, aussi bien dans les opéras français (Marguerite, Micaëla, Louise) qu’italiens (Mimi, Desdémone qu’elle chantera à Nice avec Mario del Monaco ; Tosca, rôle dans lequel elle fera son entrée à l’Opéra de Paris en 1968 et qu’elle interprètera souvent en Italie. A l’Opéra-Comique, elle incarne Madame Butterfly, la Comtesse des Noces de Figaro, Nedda de Paillasse. Elle se produit avec les grands chanteurs français : Gabriel Bacquier, Alain Vanzo, Albert Lance. Bientôt commence une carrière internationale qui la mène à la Monnaie de Bruxelles, à La Fenice de Venise, au San Carlo de Naples, à l’Opéra de Rio de Janeiro. Elle a abordé le répertoire contemporain : La chartreuse de Parme d’Henri Sauguet d’après Stendhal, Sire Halewyn d’Yvan Semenoff dans un rôle écrit pour elle, Les trois souhaits ou les Vicissitudes de la vie de Bohislav Martinu, L’opéra d’Aran de Gilbert Bécaud, Koenigsmark de Marc Berthomieu (1967), L'Annonce faite à Marie de Renzo Rossellini, d'après Paul Claudel. Comme autant de témoignages d’une très belle carrière, sont toujours disponibles chez EMI, plusieurs enregistrements d’opérettes françaises et chez Sony, une remarquable intégrale du Pays du sourire avec Alain Vanzo. Les mélomanes messins les plus chevronnés se souviennent des débuts de la cantatrice à l’Opéra-Théâtre, dans l’Otello de Verdi, en 1963. Et ils n’ont pas oublié cette incarnation marquante du personnage de Floria Tosca, en 1966, face au Scarpia d’Adrien Legros et au Cavaradossi de Pierre Fleta, le fils du grand Miguel Fleta.

Un tel parcours ne pouvait qu’être reconnu et distingué au plus haut niveau : ce fut le cas lorsque l’artiste fut promue comme Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, dès 1974, à l’initiative de Maurice Druon, alors Ministre de la Culture du gouvernement Messmer.

A partir de 1988, Christiane Stutzmann se tourne vers le professorat. Tâche qu’elle avait déjà entreprise auprès de sa fille, à la tessiture très rare de contralto, Nathalie Stutzmann, dont on connaît la brillante carrière internationale. C’est avec la passion qui la caractérise qu’elle a formé de nombreux élèves au Conservatoire de Nancy, puis à la Schola Cantorum de Paris, et c’est avec la persévérance qui ne l’abandonne jamais qu’elle les suit attentivement, bien après la fin de leur formation. Car les deux carrières de la cantatrice et de la pédagogue tiennent à une seule vocation : promouvoir l’art lyrique en France, en particulier, défendre l’opéra et les chanteurs français pris dans une concurrence internationale redoutable. Il s’agit de convaincre les institutions, parfois éloignées de ces préoccupations, qu’il y a là un patrimoine national en danger. C’est pourquoi, ne ménageant jamais sa peine, elle s’implique toujours pour alerter ministère ou responsables régionaux sur les effets négatifs de certaines décisions technocratiques.

Elle reçoit du Maire de Nancy, André Rossinot, les Palmes Académiques en 2003, et la Médaille d’Or de la ville en 2007, lors de la célébration à l’Hôtel de Ville de son départ en retraite. Dès 2001, elle a rejoint l’Académie de Stanislas, dont elle assumera la présidence en 2010. Elle y organise, pour le plaisir de tous, l’intermède musical des séances solennelles ainsi que des soirées musicales. Enfin en 2009, distinction suprême ô combien légitime, elle reçoit des mains de son ami, le Professeur Alain Larcan, les insignes de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Elle ne néglige pas pour autant Metz et ses origines Mosellanes, et elle s’est beaucoup investie, ces dernières années, dans le cadre des activités du Cercle Lyrique de Metz et de l’Association des Amis d’Ambroise Thomas.

Cette générosité se retrouvera dans les remerciements de la récipiendaire, adressés non seulement au Préfet mais à tous ceux qui l’ont aidée dans ses combats, sa famille, les absents comme les présents. On retiendra en particulier l’hommage rendu à Christian Dupuy, son mari, dont le soutien vigilant a été sans prix. Les amis et collègues présents n’ont pas été oubliés. La chaleur des discours montrait combien cette cérémonie officielle n’était pas un simple événement protocolaire, mais bien l’hommage respectueux et reconnaissant de personnes qui ont eu la chance, un jour, de rencontrer une artiste et une femme de cette envergure dont l’amour pour la musique a illuminé, ne fût-ce qu’un instant, leur propre parcours.

Danielle et Jean-Pierre Pister