Bavouzet au piano de Pierné

Le cœur de Gabriel Pierné bat à nouveau

Conservatoire – 15 mai 2013


Ainsi, le piano historique de Gabriel Pierné revit, sous les doigts de Jean-Efflam Bavouzet, le célèbre pianiste messin qui parcourt le monde. C’était au Conservatoire de Metz qui, depuis 1987, porte le nom du compositeur, que la famille en fit don à la ville, en 1994. Il ne fallait pas s’attendre, sur ce Sébastien Erard de 1879, à la puissance sonore d’un Steinway moderne, car il a tout simplement les qualités de son époque, sans grande amplitude, marqué de sa facture propre et qui, comme tous ceux de la firme parmi les plus réputées d’Europe, était utilisé en ce second XIXe siècle, par Franz Liszt ou Chopin. Il fait aussi penser à ces pianos à queue de salon dont la sonorité a son côté intime, son charme, une certaine transparence, un timbre un tantinet cristallin, mais dont le registre grave résonne robustement tout de même, si le haut du clavier, à six octaves et demie, est plus confidentiel. Il a quelque part, son petit côté « piano-forte », et d’un autre, il supporte qu’on le frappe d’accords vigoureux comme son testeur Jean-Efflam l’a démontré, notamment dans le premier de ses Préludes du Livre I de Debussy, Les Danseuses de Delphes, tout en restituant le sombre mystère de son sixième, La Cathédrale engloutie. D’autres compositeurs les plus proches de Pierné étaient à la fête, parmi lesquels Ravel dont ses Jeux d’eau ruisselaient agréablement, et Massenet, son maître, dont la Toccata vibrait de tous ses éclats.

INSCRIT À L’INVENTAIRE DU MUSÉE DE METZ

Jean-Efflam avait introduit son récital, -à tout seigneur tout honneur-, avec Pierné et sa gentille et martiale Marche des petits soldats de plomb, marquée de ses quelques clins d’œil entendus, extraite de son Album pour mes petits amis dont l’un d’eux, Jean Rostand ne se souvenait plus qu’il lui avait été dédié… Il faut dire qu’il n’avait que sept ans alors. Son Nocturne en forme de valse, daté de 1903, coulait sa mélodie épurée et finement soulignée de ses balancements harmoniques, reflétant ce goût poétique, rêveur et tout en délicatesse qui habitait Pierné. Comme les différents mouvements de cette Improvisata, berçante sur un rythme de valse, elle est aussi à ranger au catalogue d’aquarelles musicales dans lequel il excellait. Et là, on retrouvait un peu le fin toucher de l’ange Gabriel comme on l’avait surnommé, et qu’on écoutait, disaient ses proches, « rien que pour la beauté du son, rien que pour la douceur de son phrasé ». Plus tard, on passera peut-être aux pièces plus charpentées et on entendra sans doute un jour, ses Variations en ut mineur, de 1918, qu’Alfred Cortot signala, après guerre, comme « appartenant aux œuvres pianistiques les plus remarquables de l’école française contemporaine ». En attendant, ce piano de style néo-antique d’époque Second Empire, est, aujourd’hui, inscrit à l’Inventaire des collections du Musée de la Cour d’or, ce qui permet de mettre l’instrument sous protection tout en le rendant disponible pour être joué à l’occasion de manifestations musicales particulières, et promis aux élèves de l’établissement. Reviviscence, oui, mais il conviendra de veiller au grain pour qu’il ne soit pas livré à tous.

 

Georges MASSON