Concert du Salon de Musique

Du Voyage au Pays du Tendre à la Sérénade bucolique

Grand salon de l’Hôtel de ville – 1er octobre 2013

 

Ce fut une très agréable séance de musique de chambre l’autre soir, dans le grand Salon de l’Hôtel de Ville de Metz, donnée sous l’égide du Cercle Lyrique de Metz et dans le cadre du 150e anniversaire de la naissance du compositeur messin Gabriel Pierné, (1863-1937) qui scellait ses accordailles avec cet autre musicien mosellan Théodore Gouvy, (1819-1898) et par lesquels s’opérait une sorte de palingénésie de leurs œuvres injustement occultées. Un concert tout de fraîcheur, de spontanéité, de pittoresque et d’humour piquant restitué par les artistes du Salon de Musique de Metz fondé par Philippe Baudry. Ainsi, sortie des limbes de l’oubli, la toute dernière pièce en trio écrite par Pierné, Les trois clercs de Sainct-Nicholas d’après les Contes drolatiques de Balzac et dédiée au Trio Pasquier qui la créa à titre posthume aux Concerts du Triton à Paris en mars 1938, huit mois après la mort du compositeur, reproduisait une intellection toute de retenue sereine, stoïque et quelque peu narquoise à l’approche du tombeau. Son Voyage au Pays du Tendre créé aussi post-mortem trois mois plus tard à la Société Nationale de Musique de Paris, reflétait l’atmosphère que dégageait le roman à clé de Madeleine de Scudéry duquel il s’inspirait. Comme autant de courtes étapes poético-amoureuses, ce quintette avec flûte, tout enveloppé des fluides arpèges de la harpe, exhalait tout le charme d’un embarquement pour Cythère et ses palpitations.

DÉCOUVERTES ET REDÉCOUVERTES

Toutefois, ce sont, in fine, ses Variations libres et Finale de 1933, dédiées au Quintette instrumental de Paris, et créées par ses membres la même année, qui révélèrent, sous les doigts du Salon de Musique, toute la maîtrise véloce d’une partition solidement charpentée et dans l’esprit du temps, à la fois ravélien et baigné d’effluves impressionnistes. Son dernier mouvement rappelait, avec son mode lydien à l’antique, le style du divertissement de solistes au travers d’un jeu instrumental plein d’invention et de truculence. Fugitive, certes, l’audition, en concert, de ces pièces, mériterait leur pérennité, mais leur côté éphémère est, ici, heureusement compensé par l’intégrale discographique en deux coffrets de la musique de chambre de Gabriel Pierné, enregistrée il y a quelques années (Timpani). La question s’est posée également au moment de la redécouverte, il y a vingt ans, des œuvres de Théodore Gouvy, elles aussi revivifiées par le disque au-delà du concert. C’est ainsi que sa Sérénade opus 82, pour flûte et quintette à cordes, également au programme de ce concert dans le cadre de la saison départementale Gouvy et son temps orchestrée par le Conseil général, vient d’être enregistrée. L’œuvre datée de 1888, confirme, avec sa coupe classique, la plume mélodiquement inventive et charmeuse du musicien. L’intimité de salon se dégage dès sa Pastorale, poursuivie au Larghetto, entre lesquels se glisse un Intermezzo allegro gracioso dont le plein d’alacrité se retrouvera au Rondo final. La Sonate pour flûte, alto et harpe de Debussy, rappelait que ce dernier était lié à Pierné lequel a largement diffusé ses œuvres d’orchestre aux Concerts Colonne. Bravo donc aux solistes de pupitres de l’Orchestre National de Lorraine (Sylvie Talec, violon, Aurélie Entringer, alto, Philippe Baudry, violoncelle, Claire Le Boulanger, flûte, Manon Louis, harpe), de même qu’à Pascal Monlong, violon et Pierre Rusché, contrebasse, qui ont ainsi fait revivre un petit pan du patrimoine musical français.

Georges Masson