Concert autour de G. Pierné

Concert au Musée de la Cour d’Or : « Autour de Gabriel Pierné »

8 septembre 2013

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L’Association des Amis d’Ambroise Thomas et de l’Opéra français, fondée par Georges Masson en 2011 à l’occasion du bicentenaire de la naissance à Metz du compositeur, présentait un concert « Autour de Gabriel Pierné », ce dimanche 8 septembre 2013. Né à Metz en 1863, il y a 150 ans, Gabriel Pierné est, en effet,  l’autre gloire musicale de la cité mosellane. Placée sous l’égide de Metz Métropole et du Musée de La Cour d’or qui prêtait son cadre prestigieux, cette manifestation  permettait de découvrir, ou redécouvrir, un programme de mélodies de jeunesse de Pierné, en première partie, suivi dans un second temps, de pièces écrites par certains de ses contemporains, amis ou collègues, que Pierné a souvent défendus dans les concerts qu’il dirigeait.

Il faut saluer le travail remarquable fourni par la cantatrice Christiane Stutzmann de l’Opéra. Mère de Nathalie Stutzmann, très grande pédagogue, aussi bien au Conservatoire de Nancy qu’à la Schola Cantorum, elle s’est battue pour défendre la tradition du chant français. Elle a fait connaître, aux nombreux chanteurs qu’elle a formés, et qu’elle continue de suivre activement, les beautés, la technique, les subtilités de ce répertoire si particulier et exigeant. C’est en connaissance de cause qu’elle a choisi la soprano Laure Baert et le baryton Olivier Heyte, qui ont été ses élèves, et qu’elle a elle-même préparés à ce concert sur un programme soigneusement choisi par elle.

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Les Messins ont eu l’occasion d’entendre Laure Baert, lauréate de plusieurs prix, puisqu’elle a été « Voix d’Or Opéra » au Concours National des Voix d’Or à Metz, présidé par Lawrence Dale, en juin 2003. Ce succès lui a valu de chanter quelques mois plus tard, le rôle d’Oscar dans Gustave II, version première d’Un Ballo in Maschera de Verdi, à l’Opéra de Metz . En janvier 2005, elle y incarnait Servilia dans ledernier opéra de Mozart, La Clemenza di Tito. Olivier Heyte est sorti du Conservatoire National de Musique de Paris avec un Premier Prix de Chant obtenu à l'unanimité en 1996. Membre de la troupe de l'Opéra-Comique jusqu'en 2000, il est invité par les grandes scènes françaises (Bastille, Châtelet, Capitole de Toulouse, Avignon) et grands orchestres (National de France, Kameralnà de Varsovie, (National de Pologne). Il interprète de nombreux ouvrages de musique sacrée. Les chanteurs étaient accompagnés au piano par Olivier Moulin, premier prix à l’unanimité du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon, avant d’obtenir d’autres récompenses dont un « Master of Arts » du Mozarteum de Salzbourg. Il s’est perfectionné auprès des plus grands maîtres du piano actuels. Invité de grands festivals internationaux, il s’est produit dans les salles prestigieuses en France, en Europe, en Asie et en Amérique latine. Il collabore avec plusieurs orchestres (il s’est produit à l’Arsenal de Metz avec l’Orchestre National de Lorraine) et il se consacre également à la musique de chambre en compagnie de grands solistes. Il donne des master-classes et enseigne le piano au Conservatoire de Musique de Genève et au Conservatoire Gautier d’Epinal.metz-photo-1.jpg

Georges Masson, auteur d’un Gabriel Pierné, compositeur lorrain (Editions Serpenoise), fin connaisseur du compositeur, a fait revivre les jeunes années de Pierné qui l’amèneront à écrire les œuvres entendues en première partie du concert. Il a précisé, avant la seconde, les liens qui unissaient le musicien aux auteurs de mélodies qui en constituaient le programme (Saint-Saëns, Duparc, Debussy, Ravel, Roussel, Messager).

Le plaisir de ce concert résidait dans celui de la découverte -pour la plus grande partie du public-, des pièces de Pierné dont le charme mélodique et la qualité de l’écriture permettaient à chacun des interprètes de mettre en valeur la finesse de leur interprétation, la beauté et l’intelligence de la conduite de la voix, mises au service de la compréhension profonde du texte. On admirera la beauté des aigus de la soprano, la rondeur du timbre et la sensibilité qui affleure naturellement sans la moindre affectation. Tout cela n’excluant pas le piquant, la sensualité, toujours de bon ton, autrement dit, le charme, notamment dans Les Filles de Cadix, version qu’il était intéressant de comparer à celle, mieux connue, de Léo Delibes. Le baryton possède les qualités propres à d’illustres devanciers : la clarté de la diction, l’aisance et la puissance dans le registre aigu, dignes d’un Michel Dens ou d’un Robert Massard, l’élégance des nuances d’un Camille Maurane. Le meilleur de l’Ecole française de chant. La preuve en a été particulièrement donnée avec les Trois chansons de Maurice Ravel, particulièrement redoutables, techniquement parlant mais aussi parce que l’auditeur a d’autres célèbres interprètes dans l’oreille. Le défi fut relevé avec brio. Pour conclure, les deux interprètes achevèrent de séduire le public avec le célébrissime duo de l’Escarpolette, tiré de Véronique, parfaitement enlevé.

On ne saurait oublier l’excellence de l’accompagnement du pianiste, brillant sans pour autant éclipser les chanteurs, dans un parfait équilibre sonore entre voix et instrument. Le jeu subtil du soliste, qui devait maîtriser les spécificités techniques d’un piano Erard plus que centenaire, a redonné une nouvelle jeunesse à l’instrument offert au jeune Pierné en récompense de son Prix de Rome, en 1882, et dont les descendants ont fait don à la ville de Metz. Un expérience  émouvante, dans cette Cour d’Or, à l’acoustique étonnante, mémoire de la longue histoire de la cité : on y étendait comme un écho venu tout droit d’un temps lointain et pourtant toujours présent. Dommage que ce bouquet d’émotions et de sons ne se soit pas concrétisé sous la formes de quelques fleurs offertes aux solistes et à leur professeur !

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On peut retrouver au disque Laure Baert dans Polyphème de Jean Cras (2003, Timpani) et dans Vénus et Adonis de Desmarets dirigé par Christophe Rousset (2003, Ambroisie). Olivier Heyte a participé, en 1999, à un enregistrement de Don Procopio de Bizet, pour Dynamic. Olivier Moulin a consacré un premier CD à Franz Liszt, édité en 2011 chez AmeSon.

Danielle Pister