Valses buisonnières

Valsez, valsez, il en restera toujours un Radetzki !

 

Le parcours buissonnier de la valse qu’a proposé l’Orchestre National de Lorraine, était-il vraiment celui qui supposait flâner en dehors des inévitables tubes du genre ? Bien sûr, il y eut cette atypique pièce de Francis Poulenc tirée de l’Album des Six (entendez le Groupe des Six), et cet autre trois temps cocasse, sorti d’une Suite de Stravinski, et qui brillait de ses volontaires et bancales notes de manège de foire. A part cela, Jacques Mercier regroupa, à ce traditionnel concert du bout de l’an, une dizaine de perles de répertoire dont, certes, on ne se lasse point et, comme toujours, ponctuées par l’inusable Marche de Radetzki sans laquelle les auditeurs d’un Arsenal plein comme un œuf, n’auraient sans doute, pas pu quitter leurs fauteuils. Ce sacro-saint symbole fut, comme chaque fois depuis trente ans à Metz (c’est Krivine qui avait lancé la machine), honoré des claquements rythmés des mains par tous, bien que -nouveauté-, le chef, après avoir donné le coup d’envoi, s’assit au premier rang et laissa fonctionner l’orchestre, au pas de l’oie et sans bavure. Bravo tout de même !

Or donc, les Viennois dominaient la partie avec quatre Johann Strauss fils et deux Joseph. La Chauve-souris vola en premier, le chef en pulsa les thèmes étourdissants forçant un peu la dose. Mais c’est devenu une habitude, le public de ces concerts relevant de ce que l’on appelait la musique de genre, est friand de leurs brillantes interprétations où l’on a tendance à forcer les décibels. Le Freut euch des Lebens fut tout autant nourri de ses larges phrasés tout comme le sera la Vie d’artiste au final, où, tout au long, l’accent est mis sur les cuivres et la percussion, le côté colossal ressortant du fond de scène. On perd tout de même de cette rêveuse sehnsucht à la viennoise. Mieux bouquetée, la Valse des fleurs de Tchaïkovski croisait celle, plus en fluidité, de la Sérénade de Dvorak à la seconde partie. Spectaculaire aussi, la pétaradante polka de Joseph Strauss, plus près du galop, en opposition avec la précédente polka française Im Krapfenwald, où le coucou et les sifflets d’oiseaux se rejoignent in fine. Glamour champêtre ? Par ailleurs on a fort apprécié –ô contraste !- la Valse triste de Sibélius, dont les profonds pianissimos, les nuances tamisées et les ombres d’orchestre, relevaient d’une musicalité rare et sensible. Après l’incontournable champagne frappé, le vrai galop « à la manière de Liszt », rassasia, en bis, la grande salle.

Georges MASSON