Sophie Koch et l'ONL

   Wagnérienne française de haut vol

(7 décembre 2012)

                                                                                                                                       

« Je préfère ce qui est difficile car je possède ainsi tout ce que j’aime », nous confiait il y a quelques mois Sophie Koch, l’Octavian  du « Rosenkavalier » qu’elle interprétait en août dernier au Staatsoper de Munich. Le concert lyrique de l’O.N.L. dirigé par Jacques Mercier où se produisit, pour la première fois à Metz,  la mezzo-soprano invitée dans le cadre des « Grands interprètes », confirmait sa volonté de perfectibilité et l’accomplissement de ses aspirations qui lui ont permis de se situer, aujourd’hui, en tête des cantatrices françaises et plus particulièrement wagnériennes, ce qui est rare. L’élément nouveau et le plus frappant chez celle qui travaillait à surhausser sa tessiture, fut d’avoir donné la preuve qu’elle y était parvenue et d’une manière très naturelle. L’organe de Sophie Koch se projette ainsi avec aisance dans le registre du soprano dramatique qu’elle maîtrise sans effort et sans cri, conduisant sans faille ses montées vers l’aigu tout en conservant la ligne colorée et vibrante de son timbre qui a toutefois un peu moins de gravité dans les notes sombres de son mezzo.

Jacques Mercier nous ouvrit la soirée toute en force vibrionnante par de vivants tableaux berlioziens, outre ceux  extraits de La Damnation de Faust, ceux, à la reprise,  de l’Ouverture    de Béatrice et Bénédict, dans laquelle il oppose traits coruscants et coulées  furtives. Trois approches différentes caractériseront les interventions de Sophie Koch. La première porte sur les Wesendonck-Lieder de Richard Wagner où Jacques Mercier, flexibilisant ses pupitres, lui offre la juste pointure de ce cothurne orchestral tel que souhaitait le maître de Bayreuth lui-même. Ce qui fluidifiait la coulée vocale nuancée de l’interprète assouplissant ses legatos tout en les enveloppant dans leur atmosphère onirique. Par ailleurs, grâce à sa souple articulation prosodique, elle emploie un sprechgesang mesuré non rugueux et tout à fait audible. Elle évoque, dans Der Engel la perception nébuleuse d’un éphémère bonheur, instille au Stehe Still !, ses élans pulsionnels en se hissant vers les régions hautes et bien ciblées, puis, le climat trouble de Im Treibhaus aux fêlures de l’âme  tristanesque, les douloureux accents de Schmertzen sensiblement walkyrien. Toute sa fibre émotionnelle habite ces pièces jusqu’au Träume de rêve qui s’éteint dans la désespérance arachnéenne.

ASSURANCE ET SOLIDITE

Plus extériorisée de par la nature même de l’œuvre, ouverte et différemment palpable, on put mesurer ses incisives et vigoureuses projections ascendantes,  au travers l’air de son rôle de travesti d’Ariane à Naxos de Richard  Strauss, avant le grand moment du IIIe acte de Rienzi, où Sophie Koch dégageant une troisième manière, on mesurait sa puissance vocale au Gerechter Gott ! wagnérien, (rôle de travesti d’Adriano), et son ambitus assez impressionnant, entre les hauteurs où l’exacerbation était palpable, comme dans la descente à son mezzo toutefois plus retenu. Ce qui déclencha des rappels persistants  auxquels la diva ne pouvait échapper. Deux bis, donc, assouvirent les longs claquements rythmés de mains, avec ce Lied opus 10 de Strauss, Zu’eignung (Dédicace), et la reprise de Träume. Un mot sur l’Ouverture de Rienzi, jouée auparavant, et qui prenait, dans sa facture meyerbeero-lisztienne, sa juste dimension et tout son éclat grâce à l’acoustique de L’Arsenal. L’idéal pour les wagnérophiles à satisfaire étant donné que l’Opéra-Théâtre ne peut en accueillir les grandes productions ? Une question à creuser.   

Georges MASSON