Les Enfants à Bethléem

Les Enfants à Bethléem dans la corbeille d’anniversaire

12 mai 2013

 

Il y a fort longtemps que Les Enfants à Bethléem n’avaient plus été joués à Metz car on leur avait toujours préféré La Croisade des enfants, à juste titre d’ailleurs, car la charpente sonore de la légende musicale de Gabriel Pierné est plus contrastée par son sujet dont les fresques vocales qui l’illustrent s’orientent vers une intensité dramatique que le mystère en deux parties ne possède pas. De plus, sa permanente écriture linéaire conduit à une répétitivité des séquences qui font que l’œuvre dirigée par Jacques Mercier, à la tête de l’Orchestre National de Lorraine, a pu sembler longue, bien que le chef l’ait conduite en moins de 55 minutes. Ce fut quand même un joli cadeau d’anniversaire pour les 150 ans du compositeur messin, en attendant celui qu’on pourrait  faire ensuite aux auditeurs en leur offrant son Saint-François d’Assise bouclant le triptyque, et qui reste son oratorio le plus réussi, dégageant l’idéale pureté d’une émotion contenue. Nonobstant, Les Enfants à Bethléem ont mis en exergue la douce empathie du musicien pour les chœurs d’enfants pour lesquels il brode ici, une symphonie de voix d’une simplicité touchante, selon une écriture modale rappelant un médiévisme tout en finesse sur un tapis orchestral au parfum champêtre.

Le concert ayant été mis sous la bannière du « Printemps des Maîtrises », cinq d’entre elles alignèrent quelque cent-vingt petits chanteurs observant sagement la rythmique, la justesse et les nuances de leurs voix souples et parfaitement conduites, sans pour autant qu’on ait pu savourer l’émerveillement candide et féerique, la mystérieuse atmosphère ni le regard vocal vers un ciel d’innocence qui aurait pu les habiter. Outre le récitant, dont le micro noyait le texte à travers la salle, on retiendra le soprano de Valérie Condolucci au fin vibrato dans le rôle de l’Etoile, et le mezzo de la Canadienne Dana Luccock dans celui de la Vierge. Six autres solistes assurèrent correctement leurs rôles, de Jeannette, du pâtre, du bœuf et de l’âne, de Lubin et de Nicolas. Bravos spontanés d’un public loin de remplir l’Arsenal ! C’est vrai que moultes manifestations s’offraient en même temps ce dimanche de retour de vacances.

L’unique concerto de jeunesse de Pierné ouvrait le concert en grandes pompes, cirées d’une brillance superfétatoire assez surprenante et d’un marcato impératif qui ne s’inscrivait pas nécessairement dans les gènes du compositeur, l’orchestre projetant ses fff et Jean-Efflam Bavouzet, impétueux, livrant les puissants éclats d’une partition qui s’y prête sans doute. Adoptant le schéma à la Saint-Saëns, l’Allegro deciso, plus proche du romantisme à la Chopin que de celui de Rachmaninov dont on avait cru identifier la démarche d’un Pierné de 24 ans, anticipatoire de celle du célèbre russe qui n’en avait que 14, déroule généreusement son second thème un tantinet slavisant et que l’on retrouvera à l’éclatant final. La virtuosité coule dans les doigts du célèbre pianiste, qui alternera force et finesse dans le Scherzando, redonné en bis. Acclamations de la salle, dès le premier mouvement. Cela arrive souvent en ce moment. Le second hommage à Pierné, c’est aussi Jean-Efflam qui le rendra, ce mercredi, sur son  piano Erard de 1879, au Conservatoire.  Sur invitation. A ne pas rater.


Georges MASSON