Récital lyrique

De l’appétence du spectateur pour les concerts lyriques

Opéra-Théâtre -12 mai 2013

 

C’est un phénomène qui n’est pas nouveau. L’attirance du public, novice ou éclairé, vers les récitals lyriques, est visible à chaque concert de ce type, comme deux exemples viennent d’en être fournis dans la grande salle de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole. Et ce modèle n’est pas spécialement constaté sur les lieux voués à l’art vocal, mais dans maintes autres villes qui les ont organisés sous forme de véritables festivals. L’auditeur arrive, convaincu d’avance qu’il assistera à une séance où les pots-pourris d’airs d’opéras célèbres ne pourront que les satisfaire. La différence est sensible par rapport aux représentations d’ouvrages où l’on n’est jamais sûr que tous les éléments de leur composition puissent les séduire, ce qui ne les empêche pas d’adhérer pleinement aux productions qui leur paraissent sans défauts.

Le concert du colloque sur le théâtre lyrique léger du Cercle Lyrique de Metz en mars dernier, avait déjà convaincu ses spectateurs, nombreux, par la variété des airs d’opéras-comiques, d’opérettes et de zarzuelas. Le lancement des récitals sous l’égide de l’Association des Amis d’Ambroise Thomas et de l’Opéra français, dans le cadre de l’opération « Tous à l’opéra », a produit le même déclic allumant une assistance conquise. Belle amorce, en tout cas, du projet dont Christiane Stutzmann, de l’Opéra de Paris, est l’instigatrice. On y retrouvait la soprano belge Julie Mossay, aux lignes vocales bien moulées, nuancées avec justesse et musicalité, et dont les expressions visuelles comme la souple gestuelle furent fort appréciées, qui traduisent avec pertinence les sentiments éprouvés des personnages qu’elle interprète. L’air de Mignon, « Connais-tu le pays où fleurit l’oranger » du compositeur messin et la Valse de Roméo et Juliette de Gounod en furent de purs exemples.

INVERSER LA COURBE DU RÉPERTOIRE DÉCLINANT ?

Son partenaire Nicolas Gambotti, au ténor solide et vibrant, mais un tantinet râpeux par endroit, fut néanmoins convainquant dans son bel air de Werther de Massenet, comme dans la célèbre « Fleur que tu m’avais jetée » de Carmen de Bizet. Leurs duos de Manon et de Lakmé qui ouvraient et fermaient le spectacle, emportèrent eux aussi l’adhésion de tous par le fait qu’ils respectaient cette direction d’acteurs que l’on ne rencontre pas d’évidence de nos jours, et qui dispense l’auditeur de tout décor environnant. Quant au pianiste, le jeune belge Jean-Yves Cornet, concertiste avant tout, il est une perle rare de l’accompagnement, tout en finesse, en clarté et en précision, portant allègrement les chanteurs sans jamais les couvrir. Il se manifesta par ailleurs dans de subtiles transcriptions de Franz Liszt, pour piano, du « Clair de lune » de Werther et des thèmes de Roméo et Juliette de Gounod. Voila qui concrétise la mise en valeur de jeunes interprètes accédant aux premiers rôles du répertoire, et qui est l’amorce d’un espoir nourri : celui de défendre un patrimoine qui disparait peu à peu de la programmation des théâtres lyriques français, auquel Metz échappe heureusement. L’initiative de Christiane Stutzmann devrait ainsi contribuer à inverser la courbe de cette tendance à négliger le si riche répertoire hexagonal. Réussira-t-elle dans cette entreprise ? Ce bon départ est encourageant qui connaîtra sa suite, en septembre, au Musée de la Cour d’Or, où un récital de mélodies attendra les lyricophiles et qui devrait les combler.

 

Georges MASSON