My fair Lady

Le retour au lyrique à grand spectacle ?

 

L’Opéra-Théâtre de Metz a-t-il voulu renouer avec les riches productions qui ont marqué, un temps, l’âge d’or de l’opérette en France ? Paul-Emile Fourny semble avoir réussi l’enjeu, qui n’est pas évident à l’heure où les contraintes financières assèchent bien des scènes de l’Hexagone et d’ailleurs. Dans sa version française, la plus connue des comédies musicales américaines, My fair Lady, présentait un aspect dépaysant, malgré son synopsis élémentaire axé sur le défi lancé à un phonétiste de réussir à métamorphoser une fille indocte en Lady de la haute société. Par le contexte géographique d’abord. Tout en respectant l’action qui se déroule dans les quartiers londoniens à l’époque victorienne, les décors sont régionalisés et campés dans les lieux familiers de cette bonne ville de Metz, de son Marché couvert à sa Maison des têtes, du Bar des Trappistes à la serre du Jardin Botanique. Délicieux anachronisme ! Le pittoresque réside aussi dans le langage. Il était improbable d’imiter l’accent cockney, typique des bas quartiers de la fière Albion, mais notre délicieuse Eliza Doolittle (Julie Fuchs), penche carrément vers un jargon à la parigote, tandis que la gouvernante Mrs Pearce (Marie-José Dolorian), se vautre dans les inflexions à l’alsacienne et que le petit peuple plutôt argomuche, participe de ce joyeux panachage verbal. Un peu poissard malgré tout !

L’OSCAR DES HAUTS DE FORME !

Le metteur en scène n’a pas accentué le côté misogyne du linguiste Higgins (bien que ses répliques le lui fassent avouer), pas plus qu’il n’insiste sur l’aspect lutte des classes qu’entretenait le dramaturge G.-B. Shaw dans sa pièce. Et il laisse planer un vague doute à l’épilogue dont on devine le penchant des deux personnages qui n’ont cessé de se braquer tout au long de leur comédie, et qui trouveront leurs marques au moment où Eliza lui dénichera ses mules. Pur sucre ! Une des scènes, visuellement très appréciée, est celle du bal à l’ambassade qui rappelle l’époque de l’opérette à grand spectacle où les valseurs déploient leurs costumes extra et extravagants, relevant de la haute couture, ce qui vaut aux petites mains de l’atelier de l’Opéra-Théâtre, un grand coup de chapeau et à Dominique Burté l’Oscar des hauts de forme ! Effets de scène et contrastes permanents assurés tout au long. On relèvera toutefois la modernité discutable de la sonorisation des airs chantés et parlés : bien sûr, la compréhension est parfaite ce qui justifie l’inutilité d’un surtitrage. Mais les voix perdent du fruit naturel de leur timbre surexposé et dont la sophistication est perceptible. Ce qui n’empêche pas de reconnaître la qualité vocale des interprètes dont Julie Fuchs domine le lot, qui lance son soprano clair, précis, vibrionnant, et qui, par son aisance théâtrale, son punch ravageur, se présente comme une bête de scène époustouflante. Tout le plateau remue d’ailleurs au même rythme, les danseurs y compris, qui se sont bien adaptés aux claquettes. Cependant, les dialogues du librettiste pèchent par leur prolixité, ce que l’on supporte moins aujourd’hui. Malgré tout, les acteurs débitent leurs répliques avec la gestuelle et sur le ton de la comédie de boulevard. Bien vu. De Jean-Louis Pichon (Higgins) à Raymond Aquaviva (Pickering) et aux autres. Avec les chœurs maison et l’ONL dirigé par David Heusel, la nouvelle production de Metz en coproduction avec Avignon, aura bercé les soirs de fin d’année de tous.

Georges MASSON