La Belle de Cadix

La Belle de Cadix : ce n’est pas la fiesta !


My fair Lady avait, en décembre, suscité de nouveaux espoirs. Après la comédie musicale, l’opérette allait renaître à Metz ! Dès juin, les abonnés se précipitèrent : on allait jouer La Belle de Cadix en mars. Formidable ! Deux représentations. Vu la demande, on passa à trois. Les illusions n’allaient pas faire long feu. On s’attendait à ce que la coproduction (M6 Evenements-Jack-Henri Soumère-Paris Première-Opéra Eclaté) fasse un bœuf. Le bœuf devint grenouille. Déception ? La production tournait en boucle, mais aussi à l’économie. Il m’étonnerait que Francis Lopez eût approuvé cette nouvelle conception plutôt caricaturale et pourtant hautement claironnée. Son metteur en scène proclamait qu’il fallait dépoussiérer l’ouvrage, le moderniser. Qu’il fallait à tout prix faire table rase d’un passé alors qu’il appartient au patrimoine lyrique tout comme l’opéra. Bannir la qualification d’opérette, un terme qui n’a pourtant rien de péjoratif. Comme si l’on armait de kalachnikov les gardes de La Ronde de Nuit de Rembrandt qui n’avaient que des flèches, pour faire plus moderne ! Alors, on copia le théâtre de boulevard d’aujourd’hui qui brille par son insolence et son impudence, pour donner du punch à la belle Maria Luisa. Las ! On eut droit à des décors mobiles peints sur des planches et des tableaux à roulettes poussés à hue et à dia. La partition, revue et corrigée, réduisait l’orchestre à onze musiciens à dominante de vents et de percussions étouffant les cordes en quintette. Dominique Trottein, au pupitre du chef, était-il vraiment à son aise ? Seuls les costumes des danseuses gitanes étaient fort bien diversifiés encore qu’un peu défraîchis, leurs interprètes se débondant plus particulièrement à la fiesta bohémienne, dansant au premier plan, alors que le jeune premier, le beau Carlos, chantait derrière.

AY !AY !AY !

Toute la distribution surjoua, au fil de scènes particulièrement burlesques, clownesques, et selon des gestuelles à peine arrogantes. Les gags étaient de second rayon et ne faisaient même pas rire ou si peu. Le vaillant Andrea Giovannini tenant le rôle de la vedette de cinéma Carlos Medina, au démarrage faible, ne fut bon que lorsqu’il poussait son ténor vers les hauteurs, bien que son accent ait été un bonus pour la couleur locale. La plus belle des gitanes, Eduarda Melo, alias Maria Luisa, n’était pas mal dans son rôle de divette au soprano léger, et assez bonne dans la comédie. Quand même. Éric Perez était ce scénariste loufoque en Dany Clair perruqué, de même qu’Éric Vignau en Manillon parodique. Et que dire de cette Pepita, la gouailleuse de service qui forçait un peu la dose. Seul, le doux Yassine Benameur en Ramirez, était, finalement le plus poétique de la bande.

Assurément, la production n’était pas à cette hauteur de qualité qu’on était en droit d’attendre sur une scène du niveau de celle de l’Opéra-Théâtre de Metz qui fait tout de même partie de la Réunion des Opéras de France (R.O.F.). D’ailleurs, les applaudissements n’étaient pas d’une franche spontanéité. L’espérance fait vivre, dit-on. Afin de ne pas décevoir les opérettomanes en attente -et Dieu sait s’ils sont nombreux- il ne faudrait pas les frustrer d’un rêve de saison où le théâtre lyrique léger aurait repris sa place dans cette vénérable institution.

Georges MASSON