L'Elisir d'amore

Un opera comica qui vire au burlesque d’opérette

 

Comment L’elisir d’amore, cet opera comica de Donizetti a-t-il été détourné de sa vis comica vers les pics du burlesque -à tel point qu’on assistait à des séquences d’opérette qui suscitèrent, évidemment l’hilarité de la salle-, aux côtés d’une fort belle restitution musicale de l’œuvre en elle-même ? Elle n’avait plus été jouée depuis douze ans, et déjà, dans une production nouvelle de l’Opéra-Théâtre, où Bernard Broca avait planté son histoire dans l’Italie du Risorgimento, dans un décor abîmé par la révolution. Aujourd’hui, Joël Lauwers, metteur en scène, met beaucoup de fantaisie devant ce décor unique où, entre deux tentures peintes de maisons en hauteur qui n’ont rien à voir avec la vie campagnarde, des fils de linge pendu les relient. Les costumes des villageois eux, sont plutôt dans la tradition de l’époque, (Dominique Burté) avec leurs longues robes joliment colorées. Alors qu’en mars 2000, un bataillon en uniformes garance et képis à plumes, envahissait le plateau messin, le fier sergent Belcore descend, ici, des cintres, en parachute, et n’a qu’une hâte, se débarrasser de ses fringues improbables pour revêtir un complet chic avec nœud papillon noir qui lui donne l’aspect d’un chef de rang, empressé de lutiner la belle et riche fermière Adina. Est-ce le contrecoup des restrictions de l’armée ? La brigade se résumait à deux troufions en treillis et bérets rouges, débarquant comme deux ahuris de Chaillot tirant sur tout ce qui bouge : le grand dans le genre Christian Marin et le petit à la bouille moqueuse de Jamel Debouze ! On passera sur ces dérivatifs et autres dérivations qui remplacent les trop sages didascalies figurant au synopsis, mais qui n’en sont pas moins drolatiques et relèvent d’une imagination qui ne nuit pas trop au corpus chanté.

LA PERLE RARE DE LA DISTRIBUTION

La découverte du spectacle est, incontestablement, la soprano Chiara Skerath -retenez ce nom-, qui incarne idéalement le rôle principal d’Adina, dont l’expression et la fine musicalité émerge dans tous ses airs et duos. Elle n’accentue pas ses postures ironiques ou dédaigneuses et penche plutôt vers son côté sensible et naturel. Sa voix jeune et limpide qui ne demande qu’à s’épanouir, a cette couleur propre à l’esprit du temps et au style spécifique du lyrisme italien, caractérisé par sa « voce di grazia », si représentative du bel canto donizettien. Une valeur sûre en tout cas. En seconde position, on placera Florian Laconi, le ténor puissant qui domine avec jouissance de son brillant éclat, la distribution, moulant généreusement ses glissandos et soignant tout particulièrement cet air fétiche « Una furtiva lagrima ». Mais son comportement général, toujours prêt à s’élancer en jeune premier, ne correspond pas tout à fait au caractère de celui que l’on a dit réservé. Quant au Dulcamara de Carlos Esquivel, il n’est pas le personnage aussi pittoresque que celui qu’on aurait pu imaginer, et, s’il sait bien vanter son viagra de l’époque, il lui manque cette tonitruance vocale qui caractérise les basses-bouffes, tandis que Luciano Garay, bon baryton, est, surtout, bon comédien dans son Belcore. L’ONL assure une partition frétillante sous la conduite du jeune chef Benjamin Pionnier, qui a laissé passer quelques véniels décalages entre fosse et plateau. Les chœurs, eux, sont toujours pleins de fraîcheur et d’enthousiasme avec toute la spontanéité souhaitée.


Georges MASSON