The King Arthur

 Niquet ne s’est pas fait appeler Arthur !

(10 février 2013)

 

L’opéra, qu’il soit classique ou baroque n’a pas à se complaire dans les loufoqueries contemporaines ! Eh bien, le jugement apodictique des puristes est joyeusement mis à mal, et ce, par un baroqueux lui-même. Lequel ? Niquet. Un vrai multicartes. Il est le toujours excellent chef d’orchestre de son bébé, Le Concert Spirituel. Et spirituel, il l’est aussi puisqu’il s’est taillé un kilt, avant d’enfiler son pantalon de clown puis sa culotte de montagnard en jouant les humoristes un peu baratineur présentant sa nouvelle découpe du King Arther de Purcell qu’il nous fit déguster en cent minutes au lieu des trois cents initiales si l’on s’était basé sur son cher librettiste Dryden. En fait, il s’est, ni plus ni moins, réapproprié le contexte historique tout à fait modulable d’ailleurs, d’une œuvre disons mythique, en en conservant l’essentiel de sa musique, qui n’est, elle, pas transformable, mais dont le contexte semi-opératique l’est. C'est-à-dire que les bouffonneries ne l’atteignent pas, mais elles ne la valorisent pas plus. Alors, en se servant du synopsis imaginaire du roi Arthur le Breton et de son rival le roi Oswald le Saxon qui se disputent la belle Emmeline, il était tentant de les habiller d’éléments pour le moins abracadabrantesques. La légende arthurienne n’avait encore jamais été concoctée à une telle sauce moutarde, mais qui a pris, au grand bonheur des spectateurs de l’Opéra-Théâtre de Metz, disons de tous âges.

UNE COMÉDIE-BOUFFE PUISSANCE 5

Et, le complice principal d’Hervé Niquet dans cette affaire, est le non moins inénarrable Gilles Benizio, alias Dino, qui en rajoute une couche, les deux compères s’entendant comme larrons en foire dans les avatars les plus inattendus. Lorsque les musiciens s’entre-discordent avec le chef, celui-ci entonne l’air d’opérette « On la l’béguin pour Célestin »… avant que Dino invite le public à imiter le vent, le loup, la chèvre et à Niquet le brame du cerf ! On pourrait ainsi citer des gags à la pelle, et qui ne peuvent qu’éveiller l’hilarité générale. Dino est aussi bien le chef balayeur, que le chef de rang, et il arrive à faire la vedette muette du Chanteur de Mexico, ce qui fait partie de sa panoplie de fantaisiste ! Mais, dans ce que l’on peut appeler cette comédie-bouffe puissance 5, il y a, entre les succulentes pitreries, les incidents volontaires, les airs excellemment tenus par toute la distribution. Et, en premier, le rôle- titre, investi par le comédien et excellente basse Joào Fernandes. Il joue les rois benêts, imbécile heureux, montrant sa gloriole, et qui, à la fameuse « Scène du Froid », -le top du top de l’invention inattendue-, joue les claquedents au sortir d’un frigidaire (!) au pied d’un arbre givré. Puis, équilibriste sur table, il se déhanchera comme un rocker à la scène des agapes finales où les reines en doublon, (dont on a apprécié le clair soprano d’Ana Maria Labin), les princesses, les comtesses, les courtisanes... ont été « régionalisées » pour faire couleur locale, (de Rozérieulles, Woippy, Moyeuvre, Borny, Champigneulles et j’en passe). Un peu comme dans My fair Lady de décembre. Ajoutons le haute-contre Mathias Vidal et le ténor Marc Mauillon, très solides eux aussi. Les costumes rappellent les époques médiévales ou inspirées de la dynastie des Stuart, ainsi que les décors très contrastés selon les actes, dont celui, fuligineux du premier et la blancheur éclatante du troisième. Tout est minutieusement mis en scène et il n’y a aucune faille dans le système. Il est vrai que cette coproduction (Montpellier-Radio-France-Concert Spirituel-Versailles Spectacles-Opéra de Massy), a déjà tourné un peu partout. La tentative pourrait s’étendre à d’autres opéras pseudo-historiques. On a aimé, mais on aime aussi l’original.

Georges MASSON