Falla : parfums d'Espagne

Parfums d’Espagne autour du Ballet de l’Opéra-Théâtre


Les premiers pas de chorégraphe de Laurence Bolsigner, qui fut, jusqu’à l’an passé, danseuse soliste du corps de Ballet de l’Opéra-Théâtre, succédant ainsi à Patrick Salliot, portaient sur les Nuits dans les Jardins d’Espagne de Manuel de Falla auquel le programme des trois représentations était consacré. La sagesse l’habite. L’énergie les motive, danseuses et danseurs. Elle se base, elle, sur les fondamentaux du ballet néo-classique rappelant les théories balanchiniennes, le romantisme, dont elle se libère pour aller vers une approche légèrement plus moderne. Elle a sans doute raison de ne pas tout de suite s’investir dans les spécialités exotiques qui auraient mieux dû typer l’argument du compositeur. Mais elle privilégie l’esthétique du mouvement, parfois convenue, sa pureté, sa beauté formelle, et la dynamique des corps des danseurs à la charpente bien structurée, ainsi que le sens fort juste qu’ils ont du support musical. On retiendra le solide travail gestuel de la troupe qui s’investit à fond, fractionnée en groupes de filles et de garçons qui se croisent et s’entrecroisent, sourient, se balancent et s’unissent, selon une symétrie bien calculée, éveillant ainsi la sensibilité du spectateur friand de ce style. Elle utilise le panel des variations, des pirouettes, le pas de deux de Charlotte Cox et Gleb Lyamenkoff, solistes tout en appartenant à la compagnie, étant réussi. De même que la scénographie et les costumes modernes, bien éloignés du folklore (d’aucuns le regretteront), et ne laissant apparaître la gitanerie qu’à la fin, les solos étant confiés à Brice Lourenço et Valérian Antoine, qui font aussi partie de la famille dansante. Un début prometteur pour celle qui les drive.

LA SYMBOLIQUE DE L’AMOUR SORCIER

À l’opposé, l’hispanisme est présent dans L’Amour sorcier, à travers la chorégraphie de Thierry Malandain, qui dirige le C.N.C. de Biarritz. Ce n’est pas le modernisme à tout crin que l’artiste cultive, mais il  défend son territoire. On y retrouve des traces de béjartisme, au milieu de positionnements originaux, de même que la rare complexité de l’architecture des corps enchevêtrés, appelant un rigoureux professionnalisme de leurs exécutants. Costumes modernes de Jorge Gallardo mais qui ne se privent pas des voiles translucides qui moulent les danseuses. Dans ce ballet-pantomime, relevant de l’interprétation collective plus enveloppée de mystère que se pliant à une forme descriptive de l’action, l’aspect nécromancien du sujet et de ceux qui l’incarnent, relève nettement de la symbolique et de la relation de mors et vita. On y décèle la mâle-attitude, les enlacements infrangibles et l’engagement physique fort des quelque quinze interprètes, une Danse du feu virile et sensuelle, le discret déhanchement des danseuses et, quand on passe des ténèbres à la lumière, le dénudement -incontournable- des deux solistes (Solène Burel et à nouveau Gleb Lyamenkoff).

Par contre, l’interprétation dansée sur des musiques enregistrées sur bande, si elle est confortable et pratique pour le ballet, n’est évidemment pas idéale pour l’auditeur selon l’endroit où il est placé, car les nuances ne sont pas très équilibrées et l’éclat sonore agresse l’oreille. Malgré tout, le choix des gravures était opportun, le premier ballet ayant été capté par le BBC Philharmonic, avec Jean-Efflam Bavouzet au piano, et le second, par l’Orquesta Nacional de España. Dommage, les trois séances n’ont pas rempli la salle. Le chevauchement des spectacles à Metz et le rayon de soleil dominical en étaient la raison.


Georges MASSON