TURANDOT aux antipodes

 Turandot

...ou comment démontrer que Melbourne est aux antipodes de New-York !

 

La chaîne de cinéma Kinepolis a élargi son offre lyrique en diffusant, outre les prestations en direct du Metropolitan Opera de New-York, certains opéras enregistrés en d’autres lieux.

Le 21 septembre 2012, le spectateur pouvait découvrir la Turandot, captée au « Arts Centre » de Melbourne, cette année. Bien qu’en différé, le son a semblé bien meilleur que celui des retransmissions sur le vif, depuis New-York.

C’est surtout l’image qui était la plus éblouissante : le metteur en scène et chorégraphe australien, Graeme Murphy a conçu ce spectacle pour l’Australian Opera, en 1990, repris ici par. Christopher Dawes et Cathy Dadd. Le décor, dont les éléments allégorique recréent l’univers d’un conte extrême-oriental, se meut sans cesse comme les choristes et les danseurs, tous membres de l’Opera Australia, auxquels se mêle le trio formé par les ministres Ping, Pang, et Pong. Les postures et déplacements de tous ces protagonistes sont traités comme les différentes figures d’un ballet parfaitement mis en place. La stylisation qui en résulte, appuyée sur le jeu des lumières, et le chatoiement des couleurs des costumes, créent un univers nocturne où le noir le dispute au rouge du sang et à l’or de la lune et des oriflammes : le spectateur y pénètre avec délice et effroi.

Porté par la musique de Puccini, dont l’Orchestra Victoria dirigé par le chef italien Andrea Licatra met en valeur l’inventivité et la splendeur des couleurs et des timbres, l’ensemble des interprètes est d’un excellent niveau. Outre le trio déjà cité, composé de chanteurs Australiens, avec un Ping peut-être un peu juste sur le plan vocal, mais tous parfaits comédiens-danseurs et pleins d’humour, se détachent la basse néo-zélandaise Jud Arthur, très bon Timur, la Liu, sensible et émouvante de Hyeseoung Kwon, soprano coréenne aux magnifiques sons filés. A l’applaudimètre, c’est elle qui emporte les faveurs du public. Ce qui ne signifie nullement que les deux principaux protagonistes déméritaient.

Rosario la Spina, comme son nom ne l’indique pas, est un ténor australien de naissance et de formation, quoique d’ascendance sicilienne. Il s’est perfectionné à La Scala de Milan où il a débuté dans de petits rôles en 2000, avant de faire carrière dans son pays natal, puis sur les scènes internationales des trois continents, Europe, Asie, Amérique du Nord. La voix a un timbre à la chaleur toute latine. Certaines intonations et le legato rappellent un illustre prédécesseur, Luciano Pavarotti, dont il a la carrure de rubygman tendant vers le sumo, sans en posséder encore son charisme. Les notes aiguës, bien négociées, manquent peut-être de l’éclat conquérant que l’on attache au personnage de Calaf qui met sa vie en jeu pour obtenir la main de Turandot. C’est sensible dans le célébrissime Nessun dorma. Peut-être une prise de rôle prématurée, plus pour la pérennité de sa voix que pour la qualité de la prestation.

L'Américaine Susan Foster chante aussi bien Norma qu'Isolde ou Brünnhilde, la Leonora de Fidelio, de La Force du destin, ou du Trouvère que Tosca. Elle a été sollicitée par des chefs comme Gergiev et Barenboïm. Sa voix de soprano, que l’on peut qualifier de spinto, puissante et à l’aise dans l’aigu lui permet d’incarner, avec brio une Turandot solide mais nuancée. Peut-être le médium est-il un peu faible pour un personnage souvent menaçant. Mais la clarté du timbre convient à la fragilité profonde du personnage.

Au total une belle représentation, loin du vedettariat New-Yorkais, mais bien plus inventive sur le plan visuel et parfaitement respectueuse de l’esprit de l’œuvre.

 

Danielle Pister