Quartet de Dustin HOFFMAN

QUARTET de Dustin HOFFMAN

 

Le film de Dustin HOFFMAN nous fait plonger dans les coulisses de l'art lyrique, à l'heure où les célébrités - musiciens et artistes lyriques -, qui firent s'enflammer les scènes les plus prestigieuses du monde, tirent leur révérence et deviennent pensionnaires d'une maison de retraite, sise dans une campagne anglaise digne d'un tableau de Constable. Nous pénétrons alors "back-stage", dans un monde où règne une harmonie apparente qui n'exclut pas les disputes, les rivalités et la prise de conscience des affres du temps qui passe. Tous chantent, jouent de leurs instruments, ressassent leurs souvenirs ou badinent voire flirtent... comme si, finalement, ils n'avaient jamais quitté la scène où les princes épousent les princesses et tuent, sans vergogne, leurs rivaux sous les rappels passionnés du public. Mais sous cette image idyllique chacun guette, de façon angoissée, la place vide dans la salle à manger qui signe, dans un silence glacial et terrifiant, le transfert de tel ou telle pensionnaire qu'on évacue discrètement vers l'hôpital.

Nous suivons alors plus particulièrement les aventures d'un trio célèbre : Réginald, Wilfred et Cissy qui sont pensionnaires de cette idyllique maison de retraite. Tous trois, par le passé ont joué ensemble sur les plus grandes scènes lyriques en compagnie de Jean -une diva à l'égo démesuré qui a, jadis, épousé, avant de le quitter pour un beau ténor italien, Réginald. Ce dernier, meurtri, ne s'est jamais remis de cette rupture qui a finalement eu raison de l'amitié de ce quatuor et provoqué son éclatement. Les jours passent lorsque l'on apprend que la diva confrontée, elle aussi, à l'inéluctable vieillissement débarque, pour y finir ses jours, à Beecham House où elle est accueillie avec les honneurs dus à son aura. La diva s'est effectivement retirée de la scène et vivait cloîtrée dans son luxueux appartement où elle écoutait, en cachette, les enregistrements de ses productions. Son arrivée va, bien sûr, bousculer l'équilibre du trio qui toutefois fait bonne figure. Et pour cause! Les finances de Beecham House sont au plus bas et l'idée d'un concert de bienfaisance était, avant l'arrivée de la diva, programmé pour permettre à cette vénérable institution de continuer à accueillir les artistes en retraite. La présence de cette célébrité -qui était l'élément manquant du célèbre quatuor dans le finale de Rigoletto- ouvre des possibilités et donne à ce concert un lustre et un aspect médiatique inopinés et inespérés, propres à renflouer des finances anémiques. Nous suivons alors les péripéties du trio pour tenter de convaincre Jean de remonter une ultime fois sur scène pour interpréter le célèbre quatuor qui fit leur réputation. Remonter sur scène... Nous suivons, alors, le travail de la voix qui n'obéit plus forcément aux inflexions qu'on lui fixe et qu'il faut donc, pas à pas et dans la souffrance, re-domestiquer, ré-apprivoiser...

Porté par quatre acteurs géniaux, les répliques fusent, les situations sont souvent amères mais cocasses et l'humour anglais apporte un correctif salutaire à ce que l'on sent -chez chacun et selon son gradient propre-, relever d'un narcissisme exacerbé et à fleur de peau. Tout amateur d'art lyrique prendra un plaisir infini et ressentira beaucoup de tendresse à voir ceux qui -à l'instar des vrais artistes lyriques- ont tant donné, voire tout sacrifié, à la scène, et à croire, une fois encore, à la magie du théâtre, à la force de la passion qui anime nécessairement de telles carrières... ainsi qu'au regard émerveillé des spectateurs, qui est finalement leur meilleure récompense !

 

Jean-Pierre VIDIT