Salon de Musique au lycée

Le Salon de Musique de Metz illumine la salle du Lycée Louis Vincent

 

La salle de spectacles du Lycée Louis Vincent jouxtant l’église Sainte-Thérèse de Metz est méconnue du public ignorant parfois qu’elle existe. Elle avait accueilli, dans les années d’après-guerre, quelques saynètes musicales et autres pièces de théâtre tout à fait conviviales. Nostalgie ? Elle a valorisé ses frises et autres éléments décoratifs, ses huit lustres et sa symbolique coquille Saint-Jacques de Compostelle au milieu de son cadre de scène. Si elle est d’un joli classicisme et a tout pour plaire, elle bénéficie aussi d’une acoustique amplificatrice du son des instruments, tout comme elle restitue la finesse de leurs pianissimos. Mais à certaines conditions. Le Salon de Musique de Metz en formation quatuor en a fait l’expérience lors de son XXIe concert itinérant, devant une assistance conquise et emplissant la salle, ce qui favorisait la bonne réverbération des œuvres. Philippe Baudry et ses partenaires en ont ainsi déduit que les capacités auditives eurent été faibles si l’espace eût été vide ! Au programme, ils avaient inscrit deux œuvres à l’opposite, de part et d’autre d’une troisième qui faisait en quelque sorte la jonction entre classique et moderne. D’abord, les quatre archets enveloppèrent le Koechel 421 de Mozart, du caressant mélodisme de leurs cordes croisant des lignes de pureté, de simplicité et dans un esprit berceur, au rebours de certaines interprétations inclinant vers sa fibre élégiaque, voire mélancolique, la tonalité mineure l’y aidant. Apaisant final, ici, où les quartettistes replièrent leur partition sur un ralentendo tout en finesse.

LE CHOC DE CHOSTA !

C’est certainement un des thèmes les plus prenants de Borodine que développe son Nocturne, troisième mouvement andante de son second quatuor. Les seize cordes du Salon de Musique ne versent pas dans la sentimentalité molle que l’on a parfois décriée et même reprochée à l’œuvre, mais on en retiendra la ligne profonde du violoncelliste Philippe Baudry, le sombre et expressif moelleux de l’alto d’Aurélie Entringer, et le chant naturel et limpide des violons de Pascal Monlong et Sylvie Tallec. Le poids lourd de la soirée fut, incontestablement, l’interpellant Quatuor N° 8, opus 110 de Chostakovitch, qu’ils ont mis en perspective avec lucidité, un solide travail à la corde et une visible détermination. Les traits puissants du violon conducteur, (ici Sylvie Tallec) entraînant ses partenaires dans cette partition intense, traduisait le choc émotionnel du compositeur quand il découvrit la Dresde rasée de 1945 : sursauts des cordes avec ses trois coups de poignard répétés en sforzandos au talon. À comparer avec l’intégrale les quinze quatuors de Chostakovitch par le Quatuor Danel (Arsenal 2010) dont le 8e creusait les abysses d’une biographie sonore évolutive et portant l’œuvre à son sommet, les quartettistes du Salon auront livré leur approche symphonisante aux étapes répétitives mais solidement calées. Leur dernier largo s’enfonce dans la pénombre suffocante des archets figés, in fine, dans un silence assourdissant. L’auditoire retint son souffle que le quatuor libéra par un bis ironique, la Polka de L’Age d’or, ballet de 1929 de Chostakovitch, et transcrite pour quatuor par son compositeur. Lieu idéal, Louis Vincent serait-il prêt à renouveler ces exploits ?

 

Georges MASSON