Récital Plamena Mangova

Pyrotechnie sonore à vous couper le souffle !

(7 février 2013)


On connait mal les solistes d’Europe centrale et le nom de Plamena Mangova échappe aux mélomanes français, indépendamment de ceux qui l’ont écoutée avec l’Orchestre de Lille et de Montpellier ou au Théâtre des Champs-Elysées. Aussi, l’Arsenal a su saisir la chance de l’inviter en récital à Metz. Epoustouflant, disons-le tout net. Son programme était ambitieux, diversifié, donc accrocheur. Son insolent Haydn -sa sonate londonienne de 1794-, le démontra d’entrée, la Bulgare de 32 ans, lançant ses spectaculaires envolées secouant le Steinway grand-queue de la Salle de l’Esplanade, à cent lieues du discret piano-forte sur lequel jouait le compositeur. On n’avait jamais entendu cet Allegro aussi énergiquement frappé. Ne parlons pas de son doigté, éblouissant, d’une super vélocité concurrençant les doubles mains les plus en vue du moment, et qui atteint ici le top du top. Avec une interprétation aussi robuste et intense, elle anticipait largement sur les sonates tardives de Beethoven. Sautant le siècle, la pianiste plonge ensuite dans Liszt. Renversant, évidemment ! Son Chasse-neige, tiré des redoutables Études transcendantes, charrie des flocons incandescents, de quoi faire fondre l’auditeur sous ses doigts d’acier trempé. Sa Valse oubliée est toute d’agitation  nostalgique et son élégiaque Sonnet de Pétrarque est truffé de rubatos déboussolants et de pulsions heurtées allant jusqu’à l’exacerbation.

SI PROCHE DU COMPOSITEUR !

Mais, ce qui caractérise plus particulièrement Plamena, c’est la manière dont elle délivre un supplément d’âme dans chacune de ces pièces. Don magique ? Elle fait passer toute la gamme des sentiments et des passions qui nous semblent être si proches de la nature même du compositeur. Et que dire de sa Méphisto Valse, diaboliquement vertigineuse, hallucinante, haletante, avec ses trois temps disloqués, ses contrastes soudains d’atmosphères confidentielles, pianissimes, qui semblent nous conduire vers cet ab imo pectore franz-lisztien. Aux gerbes pyrotechniques traduisant les plus subtils ressentis du maître hongrois, notre Pamela va se glisser dans un autre démonisme, celui du Scarbo de Maurice Ravel, dont elle aura une vision énigmatique, avant d’en décliner les traits caractériels d’éclairs en torche avec une virtuosité qu’elle dominera toujours avec la même approche, franche et sans faille. Quant à son Alborada ravélien, elle le plonge dans les ombres et lumières hispanisantes, et en dégage les halos fantasmagoriques, tout en se rapprochant de l’ibérisme voisin d’Albéniz. On passait allègrement d’une planète sonore à l’autre, plus proche de la terre et sans ses mystérieux tréfonds, celle d’Évocation du compositeur catalan, populaire et plongé dans un exotisme folklorisant. Puis, en terminant sur les Danses argentines de Ginastera, elle en relevait l’aspect chorégraphique et moderne, mettant en relief son climat de danza exaltée avant d’en aborder la rythmique féminisante, et de terminer sur ses tempos agités, voire frénétiques, et qui mirent les bras debout ! Ses deux bis gagnèrent aussi l’assistance. Mais, finalement, c’est bien le milieu de son récital qui vous emballa le plus. A quand les nouveaux et délicieux coups de roulis de Mangova ?

Georges MASSON