Piano-violoncelle

De l’équanimité d’un duo piano-violoncelle

 

La série des cinq sonates pour clavier et violoncelle de Beethoven interprétées en deux jours à L’Arsenal, a fait apparaître une autre approche pianistique du premier, François-Frédéric Guy, et qui fut celle d’un artiste en parfaite osmose avec son partenaire, Xavier Phillips. A la première foulée, le celliste semblait plus en retrait par rapport à son voisin. Mais, ce que certains interprètes de ces œuvres évacuent souvent, c’est que son rôle est celui d’un accompagnateur (sans toutefois en abaisser l’importance), et non celui du jumeau principal de ce duo. Donc, différence appréciable, car on est plus habitué aux interprétations faisant la part la plus belle à l’instrument à cordes. Il est remarquable aussi que le pianiste tente à se rapprocher de la sonorité du piano-forte (ce qui n’est pas évident sur un Steinway à queue), pour lequel le maître de Bonn a conçu ses sonates de jeunesse (1896 et 1897). Avec ses coulées limpides et souples, tout en finesse, sans trop appuyer sur la pédale, il distille, de ses doigts clairs, un Ludwig van à la française, et beaucoup plus fluide que certaines versions entendues et il y en a beaucoup. Xavier Phillips non plus ne force pas la nuance. C'est-à-dire que l’un ne domine pas l’autre, leurs parties parallèles s’imbriquant, se répondant, s’échangeant d’une manière naturelle. De plus, la légère et précise carrure classique qu’ils apportent à ces premières sonates, les situent bien dans l’esprit et dans la forme en prolongation des Mozart-Haydn. Il n’est que dans l’opus 5, que le violoncelliste fera ressortir le lyrisme grave de l’Adagio au caractère mélancolique. Par contre, son dernier Allegro, coruscant et tout en virtuosité, apportait toute sa juvénilité au final.

LES VARIATIONS EN ALTERNANCE

Le tandem fit alterner les trois mouvements des deux sonates, de Variations au travers desquelles on percevait avec la même complicité, une touche d’élégance, voire de fantaisie. Ainsi, les Douze Variations sur un air célèbre de Papageno de La Flûte enchantée de Wolfgang-Amadeus, laissaient une charmante liberté à l’archet, mais, là aussi, la partie du clavier, très construite et véloce, fut jouée presque dans une conception de sonate à piano seul qui s’offrit quelques élans dominants, bien qu’aucun n’ait marché sur les plates-bandes de l’autre. Puis, les Douze variations sur un thème du Judas Maccabée de Haendel, avec son entrée légèrement pompeuse et son rythme de ballet, comportait un déroulé pianistique aux coloris pastellisés et où l’émulation des deux artistes était présente. Si bien qu’ils redonnèrent en « bis », ce Tochter Zion haendélien tel qu’on le nomme.

Georges MASSON

P.S. : Après les sept variations sur le duo entre Pamina et Papageno de la Zauberflöte, la séance du dimanche après-midi comportait les trois dernières sonates, l’une de la seconde période (1808) et les deux autres de la troisième (1815). Celle de l’opus 69, la plus connue parce que la plus jouée dans les récitals, fit ressortir le tendre lyrisme et les respirations sereines, et dont Guy et Phillips jouèrent en « bis », le Scherzo, les deux dernières (opus 102 n°1 et 2) se situant dans le droit fil de la conception stylistique des deux interprètes.