Les Arts Florissants

 Vibrionnants chanteurs du jardin sonore des Arts Florissants

4 avril 2013

Il était tentant de parcourir Le Jardin de Monsieur Rameau dessiné par William Christie et dont la pépinière sonore conduisait à la découverte du parc à la française du célèbre compositeur dijonnais. Son ingénieux square était planté du bosquet d’un Pignolet de Monteclair ressorti des limbes, des buissons d’Antoine Dauvergne assez peu joué, des massifs de Willibald Glück au lyrisme mozartien, de l’enclos d’un illustre inconnu Nicolas Racot de Grandval, et de la corbeille d’André Campra, lequel fut davantage joué à l’époque de la reviviscence du baroque dans les années 60. Avec sa précision horlogère, le chef, blanchi sous le harnois, regroupa en patchwork des extraits d’opéras ou de ballet de chacun de ces compositeurs post-lullistes, sans pour autant qu’il respectât un synopsis particulier sinon que ses plates-bandes musicales enchaînaient des séquences heureuses, ardentes, badines, tragiques, tendres, déistes, pompettes, vénusiennes et, pour finir, triomphales. Et les six fleurs émergentes de ce Jardin des voix qui en est à sa 6e édition, en étaient les lauréats (trois chanteurs et trois chanteuses). Anglo-israélo-italo-américano-français, ils évoluèrent ainsi sur l’avant-scène de la grande salle de L’Arsenal de Metz, conduits par cet André Le Nôtre de la musique à la tête des vingt-quatre pupitres de ses fameux Arts Florissants, qui ont, eux, conservé le grain et le timbre typiques des ensembles à l’ancienne.

SIX LAURÉATS EN BAROQUIE

Belle occasion en tout cas de tester, après trois semaines de formation, ces interprètes, comédiens autant que solistes (entre 24 et 28 ans), qui ont tous débuté dans la carrière lyrique sur maintes scènes opératiques. Les rôles baroques qu’ils incarnèrent, témoignaient d’abord d’une stupéfiante réactivité. Ces vibrionnants acteurs et actrices semblant débouler en pleine représentation théâtrale -sans décors à part les musiciens d’orchestre derrière-, se distinguaient par leur gestuelle, spectaculaire bien que superfétatoire quand même ! Modestement qualifiée de mise en espace mais valant largement leur mise en scène minutieusement calculée, leurs postures ancien régime, s’inspiraient directement des tics à la mode du siècle, rappelant quelques courbettes louis-quatorziennes, vêtus qu’ils étaient de simples tenues de salon remplaçant les hauts-de-chausses et autres perruques de l’époque. On en retiendra l’expression parlante des visages, exprimant tour à tour le bonheur, les envies, la tristesse, les peurs, l’angoisse, bref tout l’éventail des ressentis humains. Par endroit, leur démarche rappelait les instants festifs et exubérants inspirés de la Commedia dell’ Arte, ou du mime, ou encore des attitudes marivaudesques. Tableaux vivants en tout cas.

Sur le plan vocal, les organes étaient inégaux. Au début, ça râclait un peu dans les gorges, mais les timbres secs et rugueux se dilatèrent ensuite. Or, l’articulation n’était pas des plus idéales et la projection pas toujours au rendez-vous. Cependant, chacun respecta les courbes et les scansions baroques qui les changeaient des legatos du répertoire classico-romantique auquel ils sont habitués. On apprécia en particulier la soprano Daniela Skora, moins dans son Hercule mourant que dans sa Philoé des Sybarytes aux vocalises parfaitement assumées, ainsi que dans les scènes en trio ou en quatuor du pittoresque Ivrogne corrigé de Glück. Les deux mezzos (Benedetta Mazzucato et Emilie Renard) étaient plus en retrait et pas continument audibles. Le ténor Zachary Wilder n’avait pas le coffre aussi développé qu’on l’eût souhaité, mais l’on trouvera davantage de ressources dans L’Europe galante du baryton Victor Sicard. Quant à Cyril Costanzo, il déploya sa voix de basse dès les trois airs de La Vénitienne de Dauvergne. Un bravo tout de même au chœur de solistes qu’ils furent tous les six, tout au long de la soirée.

Georges MASSON