Le Ballet des Fées

Le Ballet des fées : quand Louis XIII dansait pour se refaire une santé

(31 janvier 2013)

 

Il est rare que L’Arsenal de Metz nous offre des spectacles aussi particuliers que celui du « Ballet des fées des Forêts de Saint-Germain », créé et dansé par Louis XIII au Palais du Louvre en 1625. Ce fut aussi passionnant et impressionnant que ceux qui portèrent sur « Le Tournoi de Chauvency », reconstitution d’une fête chevaleresque en Lorraine en 1285, ou encore la recomposition des Funérailles d’un Duc de Lorraine, et qui avaient marqué le public. Or, cette re-création d’humeur bouffonne mais admirablement bien déroulée, cache les raisons d’autorité politique d’un souverain affirmant sur scène sa puissance et sa grandeur à l’issue d’une semi-révolution qui faillit faire capoter toute la monarchie ! Voila dont un spectacle total où voisinent et se succèdent sur cent minutes et sans temps mort, musique, poésie, chœurs, théâtre parlé, magie du cirque et autres parades kaléidoscopiques. Ce ne pourra jamais être une reconstitution à l’identique, car l’interprétation scénique des us et coutumes et des mœurs aristocratiques avec ses querelles, ses glorioles, ses munificences et ses trahisons, peut être reproduite différemment selon les petits bouts de la lorgnette des metteurs en scène, des costumiers et des décorateurs. La mimique y est, ici, calligraphiée tout au long. Et l’on devine, sous le palimpseste gestuel des metteurs en scène Julien Lubek et Cécile Roussat et des acteurs du Shlemil Théâtre, la présence désincarnée de l’incomparable mime Marcel Marceau qui les avait tous inspirés. Dans ces décors reconstituant des bosquets mobiles de part et d’autre d’un porche de verdure d’où émergent des têtes pouponnes, les numéros d’acrobates futés, comiques, farceurs, les pirouettes d’automates et de contorsionnistes, s’enchaînent en cinq ballets d’une précision millimétrée : la Musique, le Jeu, la Folie, la Guerre, la Danse. Et qui glissent dans leur déroulement, des jeux de balles, de têtes, de clochettes, des jeux de singes secouant le cocotier, des  tours d’équilibristes et des danseurs de cordes, bref toute la panoplie de la prestidigitation. Et que dire des costumes et des masques, reproduisant les fantaisies du siècle, le XVIIe, et l’évolution des fées dans  leurs divines blancheurs.

LES PAGES ET LES SYMPHONISTES DE VERSAILLES

Si le spectacle visuel captait tous les regards, Olivier Schneebeli emportait ses Symphonistes du Centre de Musique baroque de Versailles scindés en deux petits orchestres, avec vigueur et conviction et le plus élégamment du monde. Sur le plan purement musical, on penche encore vers le style, les couleurs et les timbres patinés à l’ancienne, et il faut bien avouer que les entrées et les développements instrumentaux de l’époque de Montmorency de Belleville, de Louis Constantin ou de Robert Ballard, étaient loin du florissant baroque mais relevaient davantage des copiés-collés du style renaissance. Frétillants et sautillants toutefois, furent ses dessus, haute-contre, taille, quinte et basse de violon, ses luths et ses percussions sèches. On apprécia le soliste Jean-François Novelli, voix de taille –en fait un ténor-, et les voix juvéniles des six pages de Versailles, sopranos garçons. Et que dire de l’air ondoyant et féerique de scie musicale et de l’irruption du cor des Alpes ? Féerique et dépaysant en tout cas.                                               

Georges MASSON