L'Orfeo 55 revisite Mozart

Mozart et les réinterprétations séduisantes

30 mai 2013

 

Cette fois, Nathalie Stutzmann n’était pas au four et au moulin, mais jouait le chef d’orchestre de son Orfeo 55 qui avait invité sa cantatrice. Bien que la mise en route instrumentale du premier mouvement de la Symphonie 91 de Haydn, relevât plutôt de la mise en doigts, elle amorçait la plus captivante  mise en bouche de sa Cantate Arianna a Naxos qui lui était enchaînée, ouvrant la voie à la mezzo tchèque Magdalena Kozena que le public de L’Arsenal découvrait. A l’évidence elle habite son texte, très impliquée dans le propos qu’elle construit et chante, bien qu’elle soit plus convaincante dans le haut de son registre,  les onctueux aigus  moulant son soprano dont elle enjambe la tessiture  rondement colorée. Dans chacun des deux arias de La clemenza di Tito de Mozart, qui se valent et sont solidement construits, on perçoit l’organe aux accents dramatiques sans qu’elle en creusât le caractère profond, étant ainsi  moins persuasive dans le bas du registre où l’on peut parler de mezzo léger rappelant celui de Von Otter. Par contre son aria de Cherubino de Le nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus où elle avale un peu les notes tant il est joué presto, ne correspond pas vraiment à la typologie du rôle lui-même, qui est celui d’un adolescent enamouré et qu’elle chante en femme experte. Et c’est vrai que chef et soliste ont une tendance à accélérer leur tempo. Ce qui fut observable durant presque tout le concert où les extraits chantés l’étaient en alternance aux pages d’orchestre.

LE MODERATO DEVIENT PRESTO

Et c’est là qu’on remarque le feeling de Nathalie Stutzmann instillant à son Orfeo 55 sa souplesse délicate et féline, ses jets d’émotion, croisant ses jeux flexueux, et colorant ses nuances aux teintes pastel. Mais elle s’arroge aussi une liberté interprétative surprenante autant  que séduisante. D’abord, au niveau des tempos qu’elle accélère et qui, le plus souvent, ne correspondent plus à ceux qui, métronomiquement parlant, figurent sur toutes les partitions courantes. Ainsi, le Menuet de la célèbre Petite musique de Nuit  n’en est plus un, le rythme étant battu à deux temps. C’est vrai qu’il est bien plus léger ainsi, ce qui, certes, l’exonère des lourdeurs de sabots. Bref, un menuet qui n’a plus rien de commun avec ceux des orchestres habituels. Or, cette hâte délicieuse, habite aussi la célèbre Quarantième Symphonie de Mozart, calée sur un peu plus de vingt minutes (!) au lieu de moins de trente, qui respire la juvénilité tout en étant traversée de ses coups de sang bien tranchés. Nathalie joue, tout aussi friande, de ses pianissini en legatos de notes coulées. On y reconnait, dans ses veines et son cœur, cette musicalité typiquement instrumentale dont elle s’est nourrie, et comparable aux pleins et aux déliés du calligraphe. Aussi, ne perçoit-on pas dans cet Opus K 550, le sentiment tragique et angoissé qui est censé le traverser au dire des musicologues. Orfeo 55 ne l’envisage absolument pas dans la détresse pas plus que dans la violence, mais davantage dans l’enivrante impatience et la vigoureuse détermination, Au rebours de l’atmosphère sombre avec laquelle on a qualifié son Molto allegro initial, c’est une tout autre coulée ondulatoire et poétique qui l’investit. Son Andante n’est pas pénétré de l’angoisse ou de la gravité, tandis qu’il évolue dans un climat d’intimité caressante avec si peu de dolorisme. Et au final,  on y décèle les contrastes absolus, entre le subtil minimalisme et les traits explosifs. Une lecture rafraîchie, oui, une réinterprétation, assurément.                     

Georges MASSON