L'O.N.L à Sarrebourg

Ambroise Thomas, Gabriel Pierné, Théodore Gouvy, en concert à Sarrebourg

Un Orchestre National de Lorraine dans une forme exceptionnelle

14 juillet 2013

 

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La ville de Sarrebourg, en partenariat avec le Conseil Général de Moselle, organisait son 26ème Festival international de Musique, du 7 au 14 juillet 2013. Intitulé Passions romantiques. Théodore Gouvy et son époque, il était conçu comme un prélude à la saison 2013/2014 que le Département de la Moselle a décidé de consacrer à Théodore Gouvy et son temps.

Le programme du dernier concert à 17h, le dimanche 14 juillet, réunissait trois compositeurs d’origine mosellane et sarroise, Ambroise Thomas, Gabriel Pierné et Théodore Gouvy, avec le concours de l’Orchestre National de Lorraine et de son Directeur musical, Jacques Mercier, messin comme le soliste invité, le pianiste Jean-Efflam Bavouzet dont la renommée internationale est aujourd’hui bien établie. C’était en fait leurs troisième rencontre cette année, à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Pierné, autour de son unique Concerto pour piano en ut mineur, op. 12. Cette même équipe l’avait interprété le 12 mai dernier à l’Arsenal de Metz, quelques jours avant de le donner, le 19 mai suivant, à la Scuola Grande di San Rocco à Venise. Le pianiste avait eu, le 15 mai, le privilège de jouer au Conservatoire Gabriel Pierné de Metz, quelques pages du compositeur, sur le piano Erard lui ayant appartenu et récemment restauré. Si l’on ajoute que J.-E. Bavouzet a enregistré, chez Chandos, ce même Concerto, on peut avancer qu’il maîtrise parfaitement cet opus dont il met en valeur le brio et la force expressive. Cette œuvre n’est pas sans rappeler  les Quatrième et Cinquième Concertos pour piano de Camille Saint-Saëns, l’ainé d’un peu moins de 30 ans du compositeur messin. Chez notre soliste la virtuosité ne tourne jamais à l’exhibition gratuite et se met toujours, avec intelligence, au service de l’œuvre dont il fait ressortir la finesse de l’écriture, en parfaite complicité avec le chef et ses musiciens. Non sans humour, J.-E. Bavouzet proposa en bis, en ce jour de Fête nationale, le dernier Prélude de Debussy intitulé Feux d’artifice, dont quelques notes rappellent discrètement La Marseillaise. C’est sur ce bouquet final que le pianiste ovationné s’éclipsa pour rejoindre Paris afin de prendre un avion pour les États-Unis où l’attendaient d’autres obligations.

Le concert s’ouvrait sur une page empruntée à un opéra d’un autre messin, Ambroise Thomas, Raymond ou le Secret de la Reine, variation sur le mythe du Masque de fer, datant de 1851. Comme bien d’autres œuvres du compositeur, celle-ci est totalement tombée dans l’oubli, seule son ouverture est restée au programme des concerts symphoniques et a été souvent enregistrée, notamment par Paul Paray et Leonard Bernstein, sans doute parce qu’elle permet de mettre en valeur les différents pupitres de l’orchestre. Ce que ne manqua pas de faire l’ONL en soulignant son côté allant et plaisant. Le concert se clôturait avec la Première Symphonie, op. 9 du Sarrebruckois Théodore Gouvy, créée en 1846. Le jeune âge du compositeur, 27 ans, explique peut-être le côté composite de l’œuvre. L’allure héroïque de l’Allegro maestoso fait dire au rédacteur du programme que Gouvy, au milieu du XIXe siècle, représenterait le chaînon manquant entre Beethoven,  Schumann et les symphonistes français. Berlioz avoua son admiration pour la longue mélodie lyrique de l’Andante. Le Finale à l’allure mendelssohnienne conclut avec brio l’ensemble. Mais l’auditeur chevronné ne manque pas de constater que l’inspiration du musicien est, ici, en partie, inaboutie. Cela s’écoute agréablement, surtout avec un ONL au sommet de sa forme. Mais on oublie l’essentiel dès la sortie. En revanche l’allègre farandole de L’Arlésienne de Bizet, donnée en bis, en harmonie avec le splendide soleil extérieur, accompagnera le public comblé, bien après les ultimes accords.

Ce que l’on retiendra, également, c’est le plaisir évident de ces musiciens, soliste, chef, membres de l’orchestre, à jouer ensemble et leur désir d’offrir aux audireurs qui se pressaient dans la salle des fêtes de Sarrebourg, la meilleure prestation possible comme s’ils étaient dans un lieu plus prestigieux. D’ailleurs le public prouva par son attention -qu’aucun applaudissement intempestif entre les mouvements ne vint interrompre comme cela arrive souvent, hélas,  à l’Arsenal-, qu’il était venu en  connaisseur. Il n’en manifesta pas moins son enthousiasme quand il le fallait.

Heureuse ville qui offre à ses concitoyens, pour un coût modique, des concerts d’une telle qualité en plein été, quand d’autres, plus importantes, se contentent de distractions purement démagogiques. Heureux administrés qui peuvent entendre un Député-Maire présenter son action entreprise en faveur de la diffusion de la musique des grands compositeurs de la région, en prouvant qu’il sait de quoi il parle. C’est, hélas aujourd’hui, loin d’être le cas de la plupart de nos édiles et autres responsables politiques. Pourtant l’accès à la culture devrait être, pour tout citoyen, un droit prioritaire.


Danielle Pister