Cosi fan tutte à Nancy

Così fan tutti…le registi !

(ainsi font…tous metteurs en scène !)

 

L’Opéra national de Lorraine ouvre sa saison 2012-2013, avec Così fan tutte. La mise en scène de ce dramma giocoso de Mozart, confiée à Jim Lucassen qui avait, il y a deux ans, monté Russalka à Nancy, revient à ses fondamentaux : l’action se déroule dans un lieu public anonyme -ici une galerie marchande surmontée par une cafétéria-, sans aucun lien avec les situations et les propos tenus par les personnages. C’est censé « actualiser » l’opéra pour en renouveler le public. À ce prix, pourquoi ne pas changer les dialogues et, mieux encore, la musique ? Le sublime trio, Soave sia il vento, quand les deux sœurs et Don Alfonso regardent s’éloigner le bateau qui emporte au loin Ferrando et Guglielmo, perd toute sa poétique mélancolie dans ce décor froid et banal. Certes, nous savons que ce départ est un mensonge mais les jeunes filles l’ignorent et la musique ne trahit aucune ironie. Mieux, c’est de la tension entre la beauté du thème musical et l’erreur d’appréciation des personnages que naît l’interrogation sur le bien-fondé et la pérennité des sentiments qui animent les uns et les autres. Car c’est bien une leçon de vie que veut donner le misogyne Don Alfonso aux quatre jeunes écervelés.

La mise en scène, au premier acte, insiste sur le côté giocoso de l’œuvre en tendant vers le burlesque, quitte à friser parfois le mauvais goût. La jeune équipe de chanteurs se plie à toutes les facéties et il faut rendre hommage à leur parfaite maîtrise vocale malgré ce qu’on exige d’eux physiquement. Mais le spectateur, déconcentré, perd quelque peu de la beauté du Come scoglio de Fiordigligi. Des quatre principaux protagonistes, ce sont les deux femmes (Marie Adeline Henry et Gaëlle Arquez) qui se révèlent les meilleures, tant du point de vue de la qualité vocale que de la pertinence stylistique. Leurs timbres très proches rend crédible leur sororité, quoique déconcertante au début. Le ténor (Julien Behr) reste un peu frêle dans les moments de colère ou de ferveur amoureuse, feintes ou non. Le baryton (Gyula Orendt) s’impose mieux sur ce point. La voix courte de Don Alfonso (Lionel Lhote) et sa présence en retrait, fait regretter le Rolando Panerai d’il y a une trentaine d’années, qui s’imposait, sur cette même scène, en véritable maître du jeu. Quelques regrets également pour Despina (Clémence Barrabé) qui a bien l’allure de la soubrette délurée mais dont la voix correspond mal à l’aplomb du personnage. Le second acte, tend davantage vers le « dramma », faisant ressortir d’autant plus l’inanité du dispositif scénique artificieux choisi. L’orchestre a, dans l’ensemble, honnêtement servi la partition parfois redoutable pour la justesse des cuivres.

Au total, un spectacle agréable à écouter, appréciable pour le travail des acteurs mais dont la « mise en images » n’ajoute rien à la compréhension de l’œuvre et nuit même, par moment, au plaisir musical.


Danielle Pister