Rodelinda 3 décembre 2011

Ci-dessous, le lien vers le document de présentation, réalisé par le CLM et distribué aux spectateurs, lors de la retransmission

Présentation Rodelinda.pdf


Comme pour Anna Bolena,  en octobre dernier, nous mettons en ligne les impressions consignées par notre ancien étudiant, Aurélien Vicentini. Jean-Pierre Pister, webmaster

«La saison, 2011-2012 du MET fait une place d’honneur au répertoire baroque : The Enchanted Island, pasticcio sur des musiques de Haendel, Vivaldi, Rameau, prévu en janvier prochain ; est précédé par la reprise de Rodelinda de Georg- Friedrich Haendel, premier de ses opere serie redécouvert au début du XX° siècle. L’œuvre était retransmise depuis le MET, le 3 décembre 2011, dans la mise en scène de Stephen Wadsworth, conçue en 2004 et réutilisée en 2006. On a pu voir les réalisations de ce dernier, Boris Godounov et Iphigénie en Tauride, l’an dernier. Cette production, très belle et très convaincante, par ailleurs, évite, par une scénographie inventive, que l’on s’ennuie. Belle direction musicale, également, d’Harry Bicket, déjà à l’œuvre lors de la saison 2004-2005 et qui, de plus, est au clavecin en compagnie de Bradley Brookshire. Avec un choix judicieux des tempi, le chef tire de belles couleurs d’un orchestre du MET bien préparé.

Par rapport aux distributions des saisons 2004-2005 et 2005-2006, il y a quelques changements. Renée Fleming incarnait, pour la troisième fois dans cette production, Rodelinda qu’elle ne semble pas avoir chanté ailleurs. Le MET avait spécialement monté cet opéra pour elle. Ce que l’on sait de Fleming dans le répertoire baroque pouvait donner quelques craintes. Au final, ce fut plutôt une belle surprise, notamment dans les airs élégiaques. La voix est toujours aussi superbe dans l'aigu en particulier, le grave est malheureusement beaucoup moins beau. La souplesse au niveau de la vocalisation n'est pas idéale mais la cantatrice s'en sort bien. Les trilles étaient parfaits. Il faut ajouter que Renée Fleming a fait preuve d'un bel investissement sur le plan dramatique. « Ombre piante », « Ritorna o caro » et surtout « Se'l mio duol non e si forte » ont été des moments magnifiques en terme de chant et d'expressivité, en particulier pour le troisième. Certes, elle n'est pas une spécialiste de ce répertoire, c'est maniéré par moments mais moins qu’on pouvait le craindre. L’interprétation se situait à un très haut niveau dans l’ensemble.

Andreas Scholl chantait déjà Bertarido en 2006. On peut lui préférer d’autres contre-ténors mais il faut reconnaître que, globalement, ce rôle lui convient très bien, notamment dans certains airs, en particulier « Dove sei » et « Con rauco mormorio », le deuxième a été un vrai instant de grâce. Dans « Vivi tiranno » malgré les variations remarquables, on peut regretter l'absence de grave. « Confusa si miri » était un peu trop neutre. Il conférait la noblesse nécessaire au personnage et le duo avec Fleming, mêlant leurs deux voix, a été un des plus beaux moments de cette retransmission. Joseph Kaiser, déjà entendu dans divers rôles à la radio (Admète dans l'Alceste de Gluck, en juillet 2010 à Aix en Provence, Lenski dans l'Eugène Onéguine parisien de la saison dernière) et vu et entendu lors de la retransmission, l’an dernier, du MET, dans Flamand du Capriccio, est un ténor plein de qualités. C'est la révélation de cette représentation. Je crois que c'était son premier rôle baroque. Tout y était : grande musicalité, sensibilité dans les airs qui en requéraient, abattage vocal, présence scénique, caractérisation remarquable du rôle, timbre superbe, vocalisation excellente. Stephanie Blythe fut décevante dans le premier air d'Eduige malgré l'abattage dont elle a fait preuve. Les différents registres étaient un peu trop déconnectés et la voix pas toujours très séduisante. Pourtant, elle maîtrise ce répertoire et son incarnation du personnage était convaincante. Elle a été excellente dans « De' miei scherni per far le vendette », au second acte. Lestyn Davies campait un Unulfo très sympathique et il était très bon sur le plan vocal. Il a fait de beaux allègements, comme Scholl d'ailleurs. « Fra tempeste funeste a quest'alma » et « Un zeffiro spiro » sont les airs dans lesquels il fut le meilleur. Shenyang possède une très belle voix de basse et une présence incontestable. Excellent Garibaldo, rôle important, quoique moins servi musicalement, il interpréta excellemment ses deux arias.

Dans l'ensemble, la distribution était très homogène et globalement, ce fut une très bonne soirée. »


Aurélien Vicentini